vendredi 12 septembre 2008
Lettre aux amis de Besoin de Gauche
Le Conseil national de synthèse du 23 septembre approche, il se prépare, et je tiens à t’informer des démarches entreprises à cet effet. Mardi s’est tenu à Paris une réunion entre « Besoin de gauche » et la « Ligne claire ». Il ne s’agissait pas de revenir sur La Rochelle : l’épisode a provoqué des effets, considérablement compliqué les choses, mais il est derrière nous. Il ne s’agissait pas non plus de prendre une décision définitive concernant le Congrès : celle-ci sera arrêtée collectivement, à la veille du Conseil national. Mais il fallait échanger, avancer. Je veux insister, pour ma part, sur trois mots qui ont résumé nos débats, conclus unanimement : conviction, détermination, ouverture.
Conviction tout d’abord. Oui, j’ai la conviction que nous faisons la bonne analyse de la situation du parti et du Congrès qui vient. Ce Congrès est important, il clôt un cycle politique, il doit en ouvrir un nouveau, avec l’ambition de penser le socialisme du 21e siècle pour l’emporter face à Nicolas Sarkozy. Mais ce Congrès est aussi dangereux, menacé à la fois par l’immobilisme, la tentation du statu quo, qui interdisent toute dynamique, et le risque de brusquer les rythmes, de mener une bataille de pré-désignation au sein d’un parti qui n’est pas, aujourd’hui, en situation de trancher entre plusieurs prétendant(e)s dotés de qualités différentes mais bénéficiant de soutiens équivalents. Cette analyse juste débouche sur une préconisation forte pour trouver le bon chemin : le réformisme assumé à partir des valeurs rappelées par notre déclaration de principes ; la mise en place d’une direction renouvelée, resserrée, agissant comme un contre-gouvernement, autour d’un Premier secrétaire désintéressé pour lui-même de la candidature présidentielle, conduisant un programme de travail débouchant sur un projet ; le choix de notre candidat(e) au premier semestre 2011 par une primaire ouverte aux électeurs soutenant le Parti socialiste. Nous avons une cohérence, elle va dans le sens de l’intérêt général du parti, nous devons la défendre et la faire triompher.
Détermination ensuite. Pour faire aboutir nos idées, parce que notre contribution n’est pas, je l’ai déjà dit, une péripétie ou un moment transitoire, parce qu’elle exprime une novation et une culture, nous déposerons, le 23 septembre, une motion. Nous le ferons, en toute hypothèse, avec nos amis de la « Ligne claire » : j’ai pour ma part, le respect de la parole donnée, des contrats passés. Nous avons constaté, avec eux, des inspirations et des principes communs, nos démarches convergent, nous avancerons ensemble dans ce Congrès : je m’y engage. En conséquence, nous commençons à travailler sur le texte d’une motion réformiste, proposant la remise au travail du parti. Tu seras informé(e) du fruit de cette réflexion, à laquelle je t’invite à participer. Crois aussi que ma détermination à mettre en œuvre cette motion à la tête du parti, si les socialistes le décident, est totale.
Ouverture, enfin. Elle est nécessaire, car nous ne pouvons pas à la fois refuser la présidentialisation du parti, critiquer ses clivages artificiels, motivés uniquement par des enjeux de pouvoir, et participer à sa fragmentation. En votre nom, parce que je partage l’inquiétude des militants devant la bataille privée de sens qui s’annonce, parce que je persiste à penser que le Congrès de Reims est, pour le Parti socialiste, celui de la dernière chance et de tous les dangers, je plaiderai inlassablement pour l’unité des réformistes, pour une majorité large et cohérente. C’est pourquoi je poursuivrai les contacts déjà noués, avec la volonté d’aboutir. Je reste comptable du mandat adopté par notre Assemblée générale de La Rochelle : le rassemblement autour de nos idées avec la « Ligne claire » - c’est fait – avec Martine Aubry – sans ostraciser les amis de Laurent Fabius, mais sans les mettre au cœur de la rénovation du parti – et avec le « pôle écologique » - nous avons des convergences nombreuses avec eux, nous pensons comme eux que le socialisme doit être écologique. J’aurai aussi des échanges avec Bertrand Delanoë, que j’ai déjà rencontré, et avec Ségolène Royal si elle le souhaite : nul ne doit être exclu du rassemblement nécessaire autour de la démarche que nous proposons.
Telle doit être, me semble-t-il, notre ligne de conduite dans les semaines décisives qui s’ouvrent : agir à partir de nos principes, être prêts à les défendre devant les militants, chercher à les faire partager par le plus grand nombre. C’est et ce sera mon état d’esprit. J’espère que c’est aussi le tien. Tu peux compter sur mon dévouement.
Avec ma fidèle amitié,
Pierre Moscovici
mardi 26 août 2008
Discours de Pierre Moscovici, Frangy-en-Bresse, 24 août 2008
Je suis très heureux, et honoré, de participer pour la 2ème fois – j’étais déjà là en 2000, alors ministre des Affaires européennes des Affaires européennes du gouvernement de Lionel JOSPIN – à cette fête de la Rose de FRANGY. Ce n’est pas une fête de la Rose comme une autre. Elle a une histoire, depuis qu’elle a été créée par Pierre JOXE, et désormais animée par Arnaud MONTEBOURG. Elle est devenue un moment incontournable de la rentrée politique, le point de départ de la prise de parole des socialistes. Cette année, elle revêt une importance plus grande encore, puisque nous nous retrouvons ici nombreux – et je salue tous mes amis venus de Bourgogne, de Franche-Comté, de plus loin encore – dans un contexte international préoccupant, au moment de la Présidence française de l’Union européenne, dans une situation économique inquiétante, qui mine le moral des Français, et à quelques mois d’un Congrès du Parti Socialiste qui, chacun le sait, sera essentiel pour l’avenir de la gauche et de la France. Aujourd’hui, je voudrais vous parler de 3 sujets : de la politique de Nicolas SARKOZY et de la droite, et donc de la nature de notre opposition ; du projet des socialistes, à redéfinir ; et enfin de notre outil commun, le Parti, de la façon dont nous devons impérativement conduire – et réussir – le Congrès de REIMS.
Mes premiers propos, vous le comprendrez, seront pour la mémoire des dix soldats français tués lundi dernier au cours d’une embuscade en Afghanistan, et pour leurs proches. Je m’associe à leur peine, je partage leur tristesse devant le sort funeste de ces hommes jeunes, souvent très jeunes, qui viennent de payer de leur vie leur engagement au service de leur pays. Mes pensées vont également vers leurs collègues, blessés au cours des combats et qui ont été rapatriés en France : je souhaite que leur rétablissement soit aussi rapide que possible et qu’ils puissent bientôt reprendre une vie normale. Elles se tournent vers leurs camarades des régiments de CASTRES, de NOYON, de CALVI . Je voudrais que tous soient convaincus de notre détermination à ce que toute la lumière soit faite sur les conditions précises dans lesquelles nos soldats se sont retrouvés pris, pendant plus de quatre heures, sous le feu des talibans. La France doit la vérité aux familles des victimes.
Les témoignages que j’ai pu entendre ces derniers jours semblent pointer des erreurs. Si celles-ci sont avérées, toutes les conséquences devront être tirées. Mais, par-delà les dysfonctionnements qui peuvent expliquer la lenteur avec laquelle les renforts sont arrivés pour secourir nos soldats, quasiment à court de munitions, ce drame nous invite à nous poser la question du sens de notre présence en Afghanistan. S’il s’agit, comme cela avait été décidé en 2001 par le gouvernement de Lionel JOSPIN, sous la présidence de Jacques CHIRAC, d’appuyer les forces régulières afghanes, de les former afin qu’elles puissent lutter avec une plus grande efficacité contre les talibans, nous y sommes évidemment favorables. Il n’y a pas, comme la droite tente de le faire croire, d’un côté, ceux qui se battent pour la liberté du monde, qui luttent contre le terrorisme – eux – et de l’autre des pacifistes incapables de fermeté – nous. Mais il faut mener une vraie réflexion sur les missions de l’armée française, sur la pertinence de stratégie purement militaire suivie par l’OTAN, sur le bien fondé de l’alignement absolu de Nicolas SARKOZY sur la vision américaine de cette région. Si la mission de nos soldats consiste à se livrer au maintien de l’ordre en lieu et place des forces afghanes, nous sommes en droit de nous interroger sur sa justification, et surtout, sur ses perspectives de succès.
Devant la détérioration de la situation, les Américains avaient insisté, au début de l’année, pour que le volume des troupes envoyées en Afghanistan soit accru. Nicolas SARKOZY, qui, au cours de la campagne présidentielle, avait déclaré en avril 2007 que la présence de troupes françaises dans cette partie du monde n’était pas indispensable, a totalement changé d’avis, puisqu’il a décidé, seul, au printemps, contre toutes les mises en garde, refusant un vrai débat au Parlement, l’envoi de troupes supplémentaires. Quel est le sens de cette volte-face ? Le Président de la République a-t-il été convaincu de l’existence, sur le terrain, d’une stratégie cohérente et prometteuse, justifiant que 700 soldats français de plus participent aux opérations ? Si une telle stratégie existe, nous aimerions la connaître. Surtout, nous ne voudrions pas que cette volte-face ait été principalement inspirée par la volonté du chef de l’Etat de donner des gages à nos alliés américains dans le cadre de son attachement obsessionnel à ce que la France réintègre le commandement intégré de l’OTAN et dirige son pilier européen. Bref, les Français ont droit à des explications, et nous comptons bien les obtenir lors du débat qui se tiendra sur ce sujet le 22 septembre, au Parlement. Je me réjouis que la majorité ait compris la nécessité de conclure ce débat par un vote, comme l’a demandé le PS. Afin que ce vote ne soit pas formel, j’espère qu’il traduira une évolution de la position française. Car, en Afghanistan la voie militaire ne peut aboutir. C’est d’une vision plus large, d’une nouvelle stratégie articulant la reconstruction de l’Afghanistan – et la construction d’un Etat de droit, la lutte contre la corruption – la réconciliation des Afghans, l’Afghanisation de la sécurité, dont nous avons besoin. Je ne plaide pas pour le retrait de nos troupes – même si je comprends la position de la majorité des Français, qui va dans ce sens. Mais il serait absurde, dangereux, irresponsable, de choisir de manière entêtée, au nom d’une rhétorique de guerre, l’enlisement dans un conflit sans issue.
Je m’étonne, comme vous j’imagine, que François FILLON ait reproché à la gauche de polémiquer sur ce drame, en nous accusant de ne pas respecter le deuil des familles. Nous devons aider le Premier ministre à ouvrir les yeux et les oreilles. S’il n’était pas sourd, il aurait entendu que toutes nos réactions ont été marquées par la compassion, et que nos questions, légitimes, ont été formulées avec mesure. S’il n’était pas aveugle, il se rendrait compte que plusieurs élus de la majorité, et non des moindres, se posent les mêmes questions que nous. Surtout, lorsque l’on est Premier ministre, a-t-on le droit, dans des circonstances aussi graves, d’inviter au silence les élus de la Nation qui, comme tous les Français aujourd’hui, et au premier chef les familles des victimes, se demandent si ces jeunes soldats ont versé leur sang pour une cause utile ? Nous demandons simplement des explications sur ce qui s’est passé lundi, et la justification de l’accroissement récent du volume de nos troupes en Afghanistan. Si cela est devenu impossible dans la conception que Nicolas SARKOZY et François FILLON ont de la démocratie, eh bien cette conception n’est pas la nôtre ! J’avoue que cela me préoccupe, car il n’y a pas de vraie démocratie sans une opposition claire et responsable – je crois que nous le sommes – mais aussi sans une opposition respectée par la majorité et c’est loin d’être le cas.
L’affaire afghane s’inscrit dans le cadre plus large d’une politique étrangère et de sécurité brouillonne et sans principes. Qui est aujourd’hui capable de comprendre la politique de défense de la France ? Un travail de réflexion considérable a été conduit dans le cadre du Livre blanc. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Nous assistons à la suppression de nombreuses garnisons, qui a été annoncée à la fin du mois de juillet, mais à quelle logique cette suppression obéit-elle ? On découvre qu’une garnison a été sauvée en échange du vote du député-maire en faveur de la réforme constitutionnelle. Ou que la carte des suppressions de régiment semble très influencée par la couleur politique des élus. Est-ce là l’expression de la nouvelle stratégie de défense du Président de la République, chef des armées ? Et qui peut dire aujourd’hui où en est le projet de deuxième porte-avions nucléaire ? Lorsque de hauts gradés, dans une tribune de presse publiée sous le pseudonyme de Surcouf, s’émeuvent, en des termes pourtant très mesurés, de l’absence de cohérence de la réforme des armées en cours, le chef de l’Etat réagit en lançant à leurs trousses des limiers pour les identifier puis les sanctionner. Preuve qu’avec Nicolas SARKOZY, ce n’est pas : « la critique est facile, l’art est difficile ». C’est : « l’art est TRES difficile, la critique est interdite » ! Surtout, il y a le fond, la contradiction entre un discours ambitieux sur le rôle et la place de la France dans le monde, d’un côté, l’affaiblissement des moyens de notre défense nationale, qui affaiblit notre crédibilité, de l’autre. Il y a aussi l’impact préoccupant sur nos territoires, notamment dans l’Est de la France, de ce désengagement sans vraie contrepartie, sans politique cohérente d’aménagement du territoire.
De plus en plus de nos compatriotes ressentent une forme de gêne, voire de honte, en constatant ce qu’est devenue la politique étrangère de la France depuis un an. Nicolas SARKOZY avait proposé, dans ce domaine comme dans tous les autres, d’incarner la rupture. Pour être plus précis, il en avait promis trois. Il avait tout d’abord promis de rompre avec la politique africaine de ses prédécesseurs : il n’en a rien été. Il a suffi qu’Omar BONGO s’émeuve de propos peu amènes de Jean-Marie BOCKEL, secrétaire d’Etat à la Coopération, contre le françafrique pour qu’un autre secrétaire d’Etat soit nommé. Il y a trop d’intérêts économiques en jeu, pour trop de chefs d’entreprise proches du pouvoir ! Et si la vision africaine de Nicolas SARKOZY, c’est ce discours de DAKAR aux relents nauséabonds, ethniciste, stigmatisant cet « homme africain » qui ne serait pas suffisamment rentré dans l’histoire, dont Henri GUAINO est pourtant si fier, nous ne voulons surtout pas de cette vision-là !
La deuxième rupture promise par le candidat SARKOZY avec la politique étrangère de ses prédécesseurs devait intervenir sur le terrain des droits de l’homme. On allait voir ce qu’on allait voir ! Avec lui, fini le temps où des préoccupations bassement commerciales l’emportaient sur le message universaliste de la patrie des droits de l’homme ! Un jour que Jacques CHIRAC l’avait critiqué pour être allé serrer la main de George BUSH en s’excusant presque de la position prise par la France sur l’Irak, en 2003, Nicolas SARKOZY s’était exclamé qu’il n’avait pas de leçon à recevoir d’un chef d’Etat qui serrait la main de Vladimir POUTINE. Devenu à son tour Président, SARKOZY ne serre pas seulement la main de POUTINE : il lui tape dans le dos, prend un visible plaisir à lui prêter son téléphone portable, et encourage son propre fils à se faire photographier à ses côtés lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques ! Surtout, il cède aux diktats russes, lorsqu’il propose un cessez-le-feu après la guerre éclair en Géorgie. J’ai été choqué que la France ait négligé, dans son plan de paix, de mentionner l’intégrité territoriale de la Géorgie, qu’elle n’ait pas davantage parlé du statut de l’Ossétie du Sud ou de l’Abkhazie. Cette diplomatie est peu européenne ; elle est peu intéressée par les principes du droit international ; elle est faible avec les forts, complaisante avec les puissants. Elle abîme l’image de la France. Comment s’étonner, dans ces conditions que les Russes n’aient pas respecté le cessez-le-feu et retiré leurs troupes, et qu’ils n’aient commencé à le faire que quand les Américains et l’OTAN ont montré les dents ?
J’ai parlé de la cérémonie d’ouverture des JO de PEKIN. Quelle image pitoyable avons-nous donnée de notre pays au cours de cette cérémonie, à laquelle ne s’étaient rendus ni Angela MERKEL, ni Gordon BROWN, ni même Silvio BERLUSCONI ! Le Président avait initialement conditionné sa participation à ce que la Chine accepte d’entrer en discussion sérieuse avec le Dalaï Lama, qu’il devait lui-même recevoir. Finalement, il a abandonné cette condition préalable, et a refusé de le rencontrer lui-même. Tout cela avant que l’Elysée n’annonce finalement que Carla BRUNI, que l’on découvre diplomate de haut vol en plus de ses talents musicaux, rencontrerait le Dalaï lama. Quant au ministre des Affaires étrangères, Bernard KOUCHNER, il prévoit, les jours pairs, de s’associer à cette rencontre, et revient sur cette intention les jours impairs, ce qui reflète sans doute les atermoiements de la présidence de la République. Tout cela est ridicule souvent, consternant toujours. Aucun chef de l’Etat français n’avait, dans l’exercice de ses fonctions diplomatiques, fait preuve d’un tel amateurisme. Nicolas SARKOZY avait conclu un discours de la campagne présidentielle en disant, des trémolos dans la voix : « Je ne vous mentirai pas, je ne me déroberai pas, je ne vous trahirai pas ». Un an après, sur les droits de l’Homme comme sur la politique africaine de la France, il a menti, il s’est dérobé, il a trahi !
En réalité, il n’y a qu’une rupture que Nicolas SARKOZY a effectivement faite : celle de l’alignement non pas tant sur les Etats-Unis que sur l’administration américaine la plus dangereuse de la planète depuis la seconde guerre mondiale, celle de George BUSH. Je n’aime pas faire de procès en atlantisme, j’aime les Etats-Unis, j’espère la victoire de Barack OBAMA. Mais où que je me tourne – vers l’Irak, l’Iran, l’Afghanistan, le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN – je vois l’empreinte du bushisme. Oui, Nicolas SARKOZY a promis deux ruptures qu’il fallait faire, et qu’il n’a pas faite. Hélas, il a fait la troisième, celle qu’il fallait éviter.
Ce constat d’échec, il vaut tout autant en politique intérieure. Avec SARKOZY, souvenez-vous, tout devenait possible. Mais où est-il, ce pouvoir d’achat qu’il promettait aux Français ? Le coût de la vie augmente, les rémunérations stagnent, la vie est plus dure, beaucoup de ses compatriotes souffrent. Où est-il, ce point de croissance supplémentaire qu’il promettait d’aller chercher avec les dents ? Le PIB s’est contracté au deuxième trimestre, et la récession menace pendant que l’inflation s’installe. Aucune perspective d’amélioration ne se fait jour, la défiance s’installe : l’indice de mesure du moral des ménages a atteint son plus bas niveau depuis sa création, il y a vingt ans. Un à un, les moteurs de la croissance se sont éteints. Le commerce extérieur, en raison de la force de l’euro, sans doute en partie, mais aussi et surtout du fait de la dégradation de notre compétitivité. L’investissement, sous l’effet conjugué de carnets de commande dégarnis et de l’absence d’une vraie politique pour l’industrie, l’innovation, la recherche, l’éducation. La consommation, surtout, en raison de la dégradation du pouvoir d’achat. Nicolas SARKOZY avait promis que sa politique déclencherait en France un choc de croissance et de confiance. Le choc hélas est bien là. Mais il s’agit d’un choc négatif, d’un choc de défiance !
Quelles mesures le Gouvernement propose-t-il pour relancer la croissance ? Aucune ! Bien plus : François FILLON et Christine LAGARDE contestent même la menace de récession et parlent d’un simple ralentissement, au mépris de la vérité. Et l’on voit, de façon totalement incohérente, le Premier ministre réunir d’urgence à Matignon les ministres concernés, pour finalement décider… de ne rien décider ! Il est vrai que le Gouvernement n’a plus la moindre marge de manœuvre budgétaire. Il ne peut plus vider des caisses qu’il a lui-même vidées l’été dernier, avec les 15 milliards de cadeaux fiscaux qu’il a consentis.
Lorsque nous nous opposions l’an passé au paquet fiscal, en dénonçant tant son injustice que son inefficacité économique – point sur lequel nous étions rejoints par la quasi-totalité des économistes, de droite comme de gauche-, on nous a expliqué doctement que nous n’avions rien compris, et que la défiscalisation des heures supplémentaires suffirait, à elle seule, à accroître la consommation des ménages. Le président s’était lui-même attaché à en convaincre nos partenaires européens, lassés par les promesses de la France, depuis 2002, de revenir à l’équilibre budgétaire. On voit ce qu’il en est aujourd’hui ! L’ineffable Madame LAGARDE a planifié le paquet fiscal en disant que grâce à lui les choses allaient seulement « moins bien » : la réalité est qu’elles vont plus mal, beaucoup plus mal, et que la France, si elle souffre comme les autres de la crise – pétrolière, immobilière, financière – qui est mondiale, possède une triste spécificité, celle de ne plus avoir de marges de manœuvre pour relancer. Contrairement à ce qui se passe en Espagne, où l’Etat injecte 20 milliards d’euros dans l’économie, la droite mène en France une politique de rigueur aggravée.
Il y avait, il y a pourtant des mesures à prendre immédiatement pour soulager le portefeuille des ménages. Afin d’éviter d’accroître la pression fiscale ou le déficit budgétaire, il fallait commencer par abroger les mesures les plus inéquitables du paquet fiscal, dont l’épreuve des faits a, en outre, démontré l’inutilité. Avec les possibilités ainsi dégagées, il fallait doubler l’allocation de rentrée scolaire, au lieu de l’augmenter de façon dérisoire comme cela vient d’être fait, qui plus est en la modulant selon l’âge de l’enfant. Il fallait mettre en place tout de suite le chèque transport, proposition que le Parti socialiste réitère vainement depuis des semaines. Il fallait enfin, en prévision de l’hiver, accorder une aide par foyer, sous conditions de ressources, pour amortir l’augmentation faramineuse du prix des énergies fossiles. Simultanément, il faudrait rechercher, avec nos partenaires européens, les modalités d’une action concertée au niveau de l’Union. Il est effarant que la France, qui préside pourtant l’Union depuis début juillet, n’ait pas pris cette initiative dans le contexte de ralentissement économique, voire de récession que connaissent les Etats du continent.
Je ne crois pas qu’il y ait seulement, dans son refus obstiné de revenir sur le paquet fiscal, une preuve d’autisme de la part du Gouvernement. Car s’il est un domaine dans lequel la politique de Nicolas Sarkozy poursuit une cohérence implacable, c’est bien celui de l’économie et du social. Combien de nos concitoyens, y compris je le sais des électeurs populaires, des ouvriers, ont-ils voté pour la droite, en 2007, en se disant que la victoire de l’UMP et de son chef améliorerait leur situation personnelle ? Un an après, combien ont vu leur situation personnelle s’améliorer effectivement? Le pouvoir d’achat est en berne pour la quasi-totalité des Français, au moment où ils reçoivent leurs feuilles d’impôt. Mais pour quelques dizaines de milliers d’entre eux, il y a le bouclier fiscal ! Cette politique est un cocktail inédit de libéralisme, de dérégulation et d’encouragement de la rente. Résultat, la précarité, loin de reculer, s’étend, à mesure que la droite poursuit son entreprise de casse du modèle social et du droit du travail et de paupérisation des services publics.
La dernière illustration en date est ce qui se passe en matière d’éducation. Car les suppressions de postes annoncées ne touchent pas également tous les établissements, ainsi que la presse l’avait révélé et que les Français s’en aperçoivent par eux-mêmes. Alors que l’on supprime les classes dédoublées dans les banlieues, on préserve les postes dans les beaux quartiers. C’est un exemple, mais ce n’est pas le seul. Car de quelque côté que l’on se tourne – les hôpitaux, la justice, avec la réforme bâclée de la carte judiciaire, les armées, la Poste – c’est la même antienne : haro sur le service public, affaibli, mis en concurrence, négligé. C’est insupportable pour nos territoires, c’est insupportable pour les Français, ce n’est pas acceptable. Pour la gauche, oui le service public est un combat qui vaut la peine d’être mené. Les Français, en tout cas, sont de plus en plus nombreux à rejeter cette politique où l’on demande des efforts au plus grand nombre quand, simultanément, on favorise quelques-uns. Tout cela au mépris des déficits, c’est-à-dire en continuant de faire peser sur nos enfants la charge de financer notre train de vie.
Je n’ai pas encore parlé des libertés publiques. C’est pourtant par là que j’aurais pu commencer. Car force est de constater qu’elles sont de plus en plus menacées dans la France de Nicolas SARKOZY. Qu’est-ce que c’est que ce pays dans lequel le Président de la République intervient directement dans le choix des présentateurs des journaux télévisés, encourageant le limogeage de celui qui lui aurait déplu, jugé insuffisamment obséquieux, et son remplacement par une journaliste qui a les faveurs du chef de l’Etat ? Qu’est-ce que c’est que ce pays où le président de la République peut s’exprimer autant qu’il veut à la télévision ou à la radio, sans que son temps de parole ne soit décompté, si bien que la droite a bénéficié, depuis un an, de près de 80 % du temps de parole dans les journaux télévisés ? Qu’est-ce que c’est que ce pays où le chef de l’Etat annonce son intention de nommer lui-même le président de France Télévisions ?
Je parlais tout à l’heure de l’enquête administrative diligentée contre les militaires qui avaient commis l’inadmissible, aux yeux du pouvoir, en critiquant la réforme des armées. Mais que dire du fichier Edvige, créé en catimini au début de l’été ? Les vieilles fiches des renseignements généraux, c’était de la rigolade à côté de ce nouveau fichier dans lequel vous tous, ici présents, êtes susceptibles de figurer, tant son champ d’application est large ! Et il est tout autant inadmissible que, dans une démocratie comme la nôtre, on puisse ficher les enfants à partir de 13 ans –car c’est bien ce que permet le nouvel outil de la direction du renseignement intérieur, désormais pilotée directement depuis la présidence de la République. C’est pourquoi je demande solennellement au Gouvernement de supprimer ce fichier. La France va mal, mais la République n’est pas affaiblie au point d’accepter un fichier qui menace à ce degré les libertés individuelles !
Oui, mes amis, le bilan est sévère. L’échec de ce Président, de ce Gouvernement et de cette majorité est d’ores et déjà patent. C’est un échec économique, un échec social, un échec moral aussi. Pourtant, les socialistes n’en profitent pas en tant que force politique. Oh ! Bien sûr, nous avons remporté des succès éclatants aux élections municipales et cantonales de mars dernier, succès qui augurent bien des résultats que nous devrions enregistrer le mois prochain aux élections sénatoriales. Mais ces succès, bien réels, sont trompeurs. En effet, les Français regardent les choses en face, ne nous considèrent pas comme une alternative suffisamment crédible et donc souhaitable à la tête de l’Etat.
Souvenons-nous des élections régionales de 2004, quand nous avions remporté presque toutes les régions françaises, et de notre victoire aux élections européennes qui ont suivi. Souvenons-nous de l’impopularité des gouvernements RAFFARIN et VILLEPIN, de la droite qui se déchirait dans l’affaire Clearstream. Tout paraissait en place pour que nous remportions l’élection présidentielle de 2007. Certains ont même parlé de « scrutin imperdable » - je crois qu’ils se trompent, mais pour autant il pouvait, ce scrutin, être gagné. Et pourtant nous avons perdu.
En un an, Nicolas SARKOZY a engendré un mécontentement rarement rencontré à l’égard d’un chef de l’Etat, que ce soit par son ampleur ou par la rapidité avec laquelle il a pris corps. Nous avons brillamment remporté les élections municipales et cantonales, nous devrions remporter les élections sénatoriales. Et nous devons aborder avec combativité les élections européennes de 2009, comme les élections régionales de 2010. Pourtant, rien ne permet de dire, aujourd’hui, que nous remporterons l’élection présidentielle de 2012.
Nous sommes en effet exposés à deux risques. Le premier risque est que nous cédions à l’euphorie de nos victoires électorales du printemps, au point d’oublier ce qui fonde la différence entre la gauche et la droite, entre le camp progressiste et le camp conservateur. Car si, lorsqu’elle est majoritaire dans le pays, la gauche déçoit les aspirations qu’elle a fait naître, le pouvoir revient mécaniquement à la droite. Mais il n’en va pas de même lorsque la droite échoue. En d’autres termes, en France, le balancier politique ne se trouve pas, lorsqu’il est à l’équilibre, à équidistance de la droite et de la gauche. Certes, l’UMP et ses alliés ont perdu et perdront encore les élections locales. Mais la droite sait se remobiliser lorsque vient l’heure des élections générales, sauf circonstances exceptionnelles, comme lorsqu’une dissolution inopportune ne lui en a pas laissé le temps. L’électorat de gauche ne saurait quant à lui se satisfaire d’une simple bonne gestion du pays. Epris de justice, aspirant à la transformation sociale –quand il ne s’agit pas de la révolution-, il réclame beaucoup plus. La gauche doit donc aller chercher ses victoires aux élections nationales : elles ne tombent pas du ciel lorsque la droite a échoué. Si tel était le cas, Nicolas Sarkozy ne serait pas, aujourd’hui, président de la République. Chaque fois que nous oublions cette donnée essentielle, lorsque nous ne travaillons pas assez pour répondre aux attentes de notre électorat, nous sommes voués à l’échec. Souvenons nous en toujours.
Le second risque est que nous ne sortions pas assez vite du brouillard, idéologique, intellectuel, dans lequel nous sommes peu ou prou enfoncés depuis la chute du communisme. Depuis près de vingt ans, la gauche européenne n’a toujours pas identifié clairement le projet qu’elle peut proposer comme alternative à une société où le marché finit par tout régir. Certes, pour paraphraser CHURCHILL, l’économie de marché s’est imposée comme le pire des modèles à l’exception de tous les autres. Plus un socialiste – ou si peu ! – ne prône l’appropriation collective des moyens de production, et notre récente déclaration de principes en prend expressément acte. Pour autant, nous peinons à utiliser les marges de manœuvre qu’autorise l’économie de marché ainsi qu’à en dégager de nouvelles pour garantir que la société dans laquelle nous vivons soit plus juste, moins inégalitaire.
Regardons le partage de la valeur ajoutée. Après un cycle qui fut favorable aux salaires durant les Trente Glorieuses, la répartition des gains de productivité est devenue exagérément favorable au capital, au détriment du travail et de l’investissement. Depuis vingt ans, en France, la part du capital a cru de dix points au détriment des deux autres. Nous voyons bien qu’il faut parvenir à une répartition plus juste, d’autant plus que nous sommes convaincus que la justice sociale, loin d’être un frein à l’efficacité économique, peut en constituer un moteur, et qu’à l’inverse, un creusement trop prononcé des injustices sociales finit par dérégler l’ensemble du système. Mais nous n’avons pas encore inventé le projet qui saura conjuguer justice sociale et efficacité économique.
Or ce nouveau projet, il nous faut l’imaginer dans un monde en plein bouleversement. À la source de cette mutation se trouve la vague, énorme, initiée par les droites anglo-saxonnes, de libéralisation économique et financière, l’extension sans limites de l’espace marchand permettant au capitalisme d’accroître à nouveau, et considérablement, sa base de profit. La crise financière actuelle accentue et accélère le déplacement de la puissance économique au profit des pays émergents : le PIB des pays du Nord, qui entrent en stagflation, représente désormais à peine la moitié du PIB mondial. Le monde dans lequel nous vivons redevient dangereux, avec la montée des logiques autoritaires, russe et chinoise, face à l’unilatéralisme américain. Il est gros de conflits régionaux, caractérisé par de profonds déséquilibres, par l’accroissement des inégalités, par la multiplication des crises.
Je crois néanmoins qu’on peut discerner les contours de ce nouveau projet de société qu’il nous appartient de proposer. Ces contours, au nombre de trois, figurent dans la contribution que nous avons déposée avec « Socialisme et Démocratie », avec Arnaud MONTEBOURG et Réussir maintenant, en vue du Congrès. On les retrouve, en tout ou partie, dans plusieurs autres contributions avec lesquels nous nous sommes d’ores et déjà rapprochés.
Il faut en premier lieu définir un nouveau modèle de développement.
Nous ne pouvons pas nous satisfaire d’un marché qui, lorsqu’il n’est pas encadré, est aveugle à long terme, perverti par les oligopoles, et asservi par les effets conjoints des évolutions technologiques et de la spéculation. Nous militons pour une autre répartition des richesses à l’échelle planétaire, dès lors que le modèle actuel n’a pas démontré sa capacité à permettre une bonne allocation des ressources et une bonne répartition des richesses créées, et que les limites de la capacité de portage de la planète et des écosystèmes sont atteintes ou en passe de l’être. Nous considérons ainsi, comme nombre de nos camarades socialistes européens, que le développement durable est le seul principe de base responsable pour l’action politique et économique. Il impose de préparer l’avenir, en résistant au primat du court terme et à la suprématie de la logique du marché. Le socialisme, aujourd’hui, doit vraiment devenir écologique.
Pour la première fois, l’impératif environnemental prévaut sur la force des marchés : il va constituer un levier puissant pour imposer, par la voie de l'action politique, des disciplines à cette économie suicidaire qui puise sans aucune limite et sans aucun frein dans les ressources de la planète. Nous devons proposer que la France mette en œuvre une nouvelle politique énergétique fondée, dans l’ordre, sur les économies d’énergie, la promotion de l’efficacité énergétique et le développement massif des énergies renouvelables, déconcentrées et décentralisées. Cette politique de recherche systématique d’amélioration de l’efficacité énergétique du pays est la seule voie crédible pour traiter sérieusement la crise climatique et apporter une vraie réponse à la crise du pétrole.
Plus fondamentalement, la nouvelle donne écologique est en train de renouveler notre vision même des besoins humains : nous accordons une importance décisive aux questions de santé, de qualité de vie, de préservation des cadres naturels. Je crois nécessaire d’enrichir la notion et la mesure même de la croissance, pour faire une place à la dimension qualitative, aux enjeux sanitaires et éducatifs, au développement des services à la personne, à l’économie sociale et solidaire et à la sphère non marchande.
Le vieillissement de la population induit de profondes mutations de société, dont le politique doit se saisir. Les questions de l'augmentation de la population active par le soutien à la natalité et à l'immigration, de l'accessibilité des services publics, des temps de formation, de travail et de loisirs tout au long de la vie, des objectifs quantitatifs et qualitatifs des régimes de solidarité entre les générations, doivent être abordées sans tabou.
Aux antipodes de la caricature que la droite tente de donner de la gauche, nous pensons qu’on ne pourra jamais redistribuer que ce qui est produit, ce qui nous impose d’être attentifs aux conditions de création des richesses. Nous voulons réhabiliter le volontarisme économique. Nous pensons que la puissance publique – Etat et collectivités territoriales – doit retrouver un rôle stratégique pour encourager le développement de l’investissement productif et de la recherche, la diffusion des progrès technologiques, la prospection des marchés internationaux, l’essor de nouveaux services, de l’économie sociale et solidaire, mais aussi pour favoriser la reconversion des territoires fragilisés. L’investissement dans l’éducation et la recherche est, n’en doutons pas, une condition de la survie de nos économies, concurrencées par des pays émergents capables de former, chaque année, des centaines de milliers de chercheurs et d’ingénieurs hautement qualifiés, mobiles et moins coûteux.
Faut-il, peut-on faire tout cela sans prendre en compte les contraintes de nos finances publiques ? Non, au contraire ! Le souci que nous avons du bien-être des générations qui nous suivent impose de ne pas leur léguer une montagne de dettes qui obère déjà l’action publique, et l’annihilerait demain. Parce qu’elle limite les marges de manœuvre de la puissance publique, la dette est l’ennemie de la gauche. Nous devrons lutter contre les déficits, notamment par la remise en cause des avantages fiscaux d’autant plus injustes qu’ils sont injustifiés, tout en stabilisant les prélèvements obligatoires par une réforme de l’Etat audacieuse et concertée et un investissement social plus efficace. Améliorons l’efficacité et la qualité des services publics pour réaffirmer leur légitimité.
Enfin, alors que la mondialisation est déréglementée et dérégulée, nous voulons en retrouver la maîtrise par une réglementation négociée, adossée à toutes les formes de régulation. Nous plaidons notamment pour un commerce international régulé. Les échanges ne peuvent continuer à se faire au détriment des pays du Sud et de notre propre cohésion sociale. Au nécessaire respect des clauses sociales et environnementales oubliées du Traité fondateur de l’OMC, il s’agira d’ajouter de nouvelles garanties sociales et environnementales, afin d’assurer la loyauté dans les échanges mondiaux et une démocratisation des instances de régulation internationale.
Le deuxième axe du projet de société que nous devons définir est la promotion de l’égalité, de l’égalité réelle.
Entendons-nous sur les termes : il ne s’agit pas de mimer la fausse radicalité d’une rupture annoncée avec le capitalisme dont on sait ce qu’elle a humainement et socialement coûté. Mais nous ne pouvons pas non plus réduire le socialisme à un pragmatisme gestionnaire ou à un réformisme purement défensif, qui ne feraient que combattre les dégradations de l’Etat social et du modèle républicain.
Notre nouvel horizon de transformation sociale devra résider dans une lutte massive contre les mécanismes de « reproduction sociale » qui font perdurer les privilèges de naissance. Face à une droite qui se dit libérale alors qu’elle est très classiquement conservatrice, préférant toujours favoriser l’héritage sur le mérite, ce qui a pour effet de reproduire de génération en génération les inégalités de patrimoine et de savoir, nous devons incarner la recherche de l’égalité réelle des chances. Nous voulons donner à chacun les moyens d’accéder au « capital culturel », de déployer ses talents et de trouver sa juste place dans la société. Notre projet pour l’école, l’université et la formation professionnelle devra donc occuper un rôle central. Nous n’avons pas oublié la phrase de Victor Hugo : « Quand vous ouvrez une école, vous fermez une prison ». La droite, elle, ne semble pas en avoir entendu parler, puisqu’à l’heure qu’il est, elle ferme des écoles et ouvre des prisons !
Nous pensons, nous aussi, que la « valeur travail » est un vecteur d'émancipation et d'accomplissement de l'individu, à la condition que l’approche quantitative ne prenne pas le pas sur l’approche qualitative. En d’autres termes, au « travailler plus » de Nicolas Sarkozy, nous opposons le « travailler mieux » : refus de la précarisation de l'emploi, protection de la santé au travail, participation des salariés à la gouvernance de leur entreprise, accroissement de la mobilité professionnelle par la valorisation des compétences, enfin articulation entre les temps consacrés au travail, à la famille ou à la culture.
Le combat pour l’égalité réelle des chances vise à permettre à chaque individu de s’émanciper en lui fournissant les moyens de choisir sa façon de vivre, ses liens, ses affiliations, ses références et ses pratiques culturelles. Qu’il s’agisse des retraites, de l’éducation, des conditions de travail, nous pensons que le socialisme doit mieux prendre en compte la diversité des situations et des attentes qu’elles créent. Nous devons répondre plus et mieux aux aspirations de chacun.
Cette prise en compte des réalités individuelles ne conduit pas pour autant à cautionner les dérives de l’individualisme contemporain. Refusons la généralisation de la concurrence entre les individus. Combattons la réduction de la politique au consumérisme et à la juxtaposition des revendications catégorielles. Soyons convaincus que, pour endiguer la dérive communautariste qui nous menace, il faut faire de la lutte contre les discriminations un axe central de la politique sociale. En clair, travaillons à une société juste où ne pèseraient plus les privilèges de naissance et les déterminations de classe, de couleur de peau ou de sexe, où chacun aurait tous les moyens de réussir et de s’accomplir sans l’intervention de la collectivité.
Bien évidemment, cet engagement en faveur des libertés ne saurait nous rendre ni angéliques, ni sourds à la demande d’autorité et de règles qui émane de la société contemporaine. Au demeurant, nous avions déjà fait la démonstration, lorsque nous étions au pouvoir, que nous savions prendre en compte les nécessités d’une liberté ordonnée, d’une meilleure articulation des droits et des devoirs.
Si je devais résumer, je souhaite que la gauche élabore un nouveau pacte social et territorial pour relever le défi de la société «fragmentée». Celui-ci devra afficher des thèmes fédérateurs (protection contre les effets négatifs de la mondialisation, sauvegarde de la protection sociale, promotion individuelle) et indiquer aux couches populaires et moyennes, aux habitants des villes et des banlieues comme à ceux du monde rural ce qu’ils peuvent attendre de la gauche. Les socialistes doivent continuer à faire de la lutte contre l’exclusion et la pauvreté une priorité politique tout en veillant à ne pas alimenter la critique contre « l’assistanat ». Ils doivent mieux répondre que ne le fait la droite à l’enjeu du pouvoir d’achat, en priorité lorsqu’il porte sur les biens premiers que sont le logement, la santé et l’éducation : c’est le sens des propositions de mesures immédiates que j’avançais tout à l’heure. Je propose que nous réunissions, très vite après notre Congrès, des Etats Généraux des territoires, pour traiter toutes ces questions ensemble, sans oublier l’innovation, la place des PME-PMI, la culture, la famille, la « politique des âges » - de la petite enfance à la vieillesse. Ainsi nous pourrons tirer au plan national la leçon des expériences réussies au plan local.
Le troisième et dernier axe du projet que nous entendons forger consiste à réaffirmer l’engagement européen des socialistes.
Il s’agit là, je le sais bien, d’une question qui nous a divisés. Notre devoir est aujourd’hui de la dépasser. Ne nous enfermons pas dans un débat trop théorique pour ou contre tel traîté. Repensons, ensemble, l’Europe. Car l’avenir de la France est indissociable de celui de l’Europe. Mais l’Europe connaît une crise d’identité et un divorce avec ses citoyens. Entre l’Etat nation et l’espace-monde, comment peut-elle être un échelon pertinent de régulation, un lieu de protection et de création de richesses ? Pourquoi, d’ailleurs, vouloir construire une Europe politique ? C’est la volonté de bâtir des solidarités politiques transnationales qui permettent de faire face au déploiement du capital qui justifie notre engagement résolu dans l’unification politique européenne. Nous voulons une Europe unifiée et puissante, qui pèse dans les négociations sur le commerce mondial et soit en mesure d’établir en son sein des formes de gouvernance économique et d’harmonisation sociale. Cette conviction nous conduit à militer pour des transferts de compétence, des procédures de décision simplifiées, l’affirmation de principes sociaux, des institutions plus fédérales et parlementarisées.
Dans le cadre de ce qu’on appelle la stratégie de LISBONNE, les Européens se sont dotés, en 2000, d’un ensemble d’objectifs économiques, sociaux et environnementaux. Cette démarche doit être revisitée et un nouveau contenu doit lui être donné. Les engagements pris par les Etats devront faire l’objet d’un mécanismes de contrôle par l’Union qui devra, pour sa part, définir plus clairement ses objectifs et clarifier les moyens à mettre en œuvre, à son niveau, pour accompagner les efforts accomplis.
La solidarité européenne ne se décrète pas : elle se construit peu à peu, par les politiques communes. C’est ainsi que la politique agricole commune doit être refondée, élargie à des objectifs nouveaux : alimentation, santé humaine et animale, aménagement du territoire, environnement. L’environnement est un domaine où la solidarité européenne est évidente : aucun pays n’accepte de handicaper ses entreprises pour lutter seul contre la pollution, mais la taille de l’Union européenne permet de négocier des normes applicables assez largement pour que l’impact sur la concurrence soit limité, surtout si ces normes deviennent la base d’accords internationaux.
Nous devrons travailler avec ardeur pour susciter des synergies en matière de recherche, car l’Europe doit être capable de rivaliser avec les meilleurs, notamment les Etats-Unis. Il faut encourager, d’ici à dix à quinze ans, la création de structures européennes disposant d’une masse critique et d’un niveau d’excellence propres à attirer les meilleurs étudiants au monde. Il est impensable de relancer l’Europe sans une nouvelle répartition de l’effort budgétaire consenti et sans revoir à la hausse son niveau. Il doit être doublé et porté à 2 % du PIB des Etats membres, le cas échéant par la création d’un impôt européen.
Nous ne devons pas négliger, car il est fort, le besoin de protection de nos concitoyens. En ce domaine, il n’y a pas de consensus entre les Etats membres, et ce désaccord est sans doute durable. Dans ces conditions, attachons-nous à intensifier plusieurs politiques européennes : des services publics de qualité qui contribuent à la croissance ; une formation professionnelle qui retienne notre approche d’un parcours professionnel nécessairement divers mais sécurisé ; une égalité réelle des chances par la lutte contre les inégalités dès la petite enfance ; l’utilisation volontariste des fonds d’ajustement mis en place pour lutter contre les dégâts de la mondialisation, à commencer par la désindustrialisation et les délocalisations.
La montée en puissance de la capacité de l’Europe en matière de défense et de sécurité est une priorité. Le premier seuil à franchir est d’ordre capacitaire, avec la création de moyens propres qui n’existent pas, puisqu’aujourd’hui l’Union se repose toujours sur les capacités des Etats membres. Nous plaidons pour la création d’un corps d’armée européen sous commandement européen. Le second seuil est d’ordre éminemment politique. Il s’agit de la défense commune. Pour nous socialistes, même si nous savons que la démarche ne sera pas aisée, c’est une priorité qui s’inscrit dans le droit fil de ce que le gouvernement de Lionel JOSPIN avait entrepris avec nos camarades travaillistes britanniques à SAINT-MALO, et qui a été interrompu par la guerre en Irak. Nous devrons reprendre ce fil. La sécurité des citoyens passe aussi par l’approfondissement de l’espace de liberté et de justice. Quand on songe à l’agression de la droite actuelle sur nos droits fondamentaux, l’échelon européen est pour les citoyens une garantie que leurs libertés foulées au pied dans l’espace national trouveront un juge.
En réaffirmant ces finalités, je ne veux pas ignorer les insatisfactions engendrées par la construction européenne. Mais je crois nécessaire de dépasser ces divergences et de travailler ensemble à la définition d’une stratégie politique des socialistes européens pour faire avancer leurs objectifs communs sur le continent. Les prochaines élections européennes seront très importantes. Si le nouveau Parlement européen n’a pas une majorité de gauche, il sera difficile, et plus que cela, de combattre les orientations néo-libérales de la majorité des Etats européens, aujourd’hui dirigés par la droite, et de la Commission la plus déséquilibrée, le plus droitière de l’histoire de la construction européenne. C’est pourquoi nous devons proposer une réorientation ambitieuse de la construction européenne, afin qu’elle soit plus politique, plus présente sur le plan économique, plus sociale, plus unie sur la scène internationale. N’oublions pas, enfin, que nous ne sommes pas seuls en Europe, que nous appartenons à une famille politique, le PSE et portons son programme.
Vous le voyez, chers camarades, chers amis, la tâche qui nous attend est immense. Nous allons devoir consacrer nos efforts, dans les deux années qui viennent, à la conception d’un projet innovant, socialement juste, écologiquement responsable, économiquement efficace. Or, je le dis sans ambage, cet objectif est irréaliste dans l’état actuel du Parti socialiste. Cela veut dire que si rien ne change profondément au Parti socialiste, nous serons à nouveau dans une situation difficile en 2012. Pour gagner, il nous faudra avoir un bon projet et un bon candidat pour porter ce projet. Et j’insiste sur cet ordre : un bon projet, puis un bon candidat. Nous avons vu, en 2007, combien il était impossible, à partir d’un projet insuffisamment abouti, de permettre à un candidat -quels que soient ses mérites et ses faiblesses propres- de remporter l’élection. Consciente des insuffisances du projet du Parti, Ségolène ROYAL a été conduite à s’en écarter. Notre campagne présidentielle a multiplié les propositions qui, à la fois, apparaissaient en discordance avec le projet du Parti, et, parce qu’elles avaient été conçues dans l’urgence, souffraient d’un triple manque : manque de réflexion, manque de cohérence et, donc, manque de crédibilité.
La leçon de cet échec s’impose à nous.
Et c’est ce qui m’incite à souligner, comme je le fais sans relâche depuis un an maintenant, que nous sommes, à la veille du Congrès de REIMS, à un moment clef dans la perspective de 2012. Ce Congrès est le dernier avant le congrès de désignation de notre candidat, en 2011. En 2011, les dés seront jetés s’agissant de notre projet. Nous n’aurons plus la possibilité de rattraper le temps perdu : notre victoire ou notre défaite dépendra pour une très large part du travail que nous aurons effectué d’ici là, c’est-à-dire, au cours de ces deux années cruciales que seront 2009 et 2010.
Oui, notre Congrès doit être avant tout un Congrès de remise au travail. Et je veux vous dire ce que sont, selon moi, les trois conditions pour que le Congrès de REIMS soit bénéfique pour les socialistes, pour la gauche, et utile aux Français.
Ce travail, nous n’allons pas le conduire à partir de rien, mais à partir des valeurs dans lesquelles nous croyons, qui viennent d’être affirmées dans notre récente déclaration de principes. Le Parti socialiste s’y affirme réformiste, européen, attaché à la transformation sociale, ancré dans une économie de marché qu’il veut écologique, social, laïc, féministe et internationaliste. Tout l’enjeu pour nous va consister à traduire ces valeurs dans des propositions concrètes, dont l’impact se fasse sentir dans la vie quotidienne des Français. Nous devrons, très vite, affirmer les premières de ces propositions. Nous ne pouvons pas nous enterrer pendant deux ans en disant à celles et ceux qui souffrent de la politique de la droite : « Attendez, nous réfléchissons, et dans deux ans, nous aurons des solutions ». Ces solutions, nous devons être en mesure de les proposer dès l’année prochaine pour les sujets prioritaires aux yeux des Français : pouvoir d’achat, logement, chômage et précarité, crise énergétique et avenir des systèmes sociaux.
Pour réussir, nous allons devoir remettre le parti, tout le parti, au travail. Nous devrons nous appuyer sur des militants qui débattent, amendent, votent, et mobiliser tous ceux- dans les associations, les syndicats, chez les intellectuels et les experts- qui attendent que nous nous remettions en mouvement, tout en doutant, à ce stade, que nous y parvenions. Nous devrons enfin trancher les questions que nous avons trop longtemps repoussées, par souci de faire prévaloir l’unité sur la clarté, rendant les électeurs incapables de nous identifier. Nous sommes confrontés, aujourd’hui, à deux écueils. Rien ne serait pire qu’un Congrès qui débouche sur l’immobilisme, c’est-à-dire sur un simple replâtrage, une poursuite relookée du statu quo qui nous priverait de toute dynamique. Le PS ne peut continuer, comme il le fait depuis quelques années, à préférer la communication à la réflexion, la tactique à la définition d’une stratégie d’avenir, les combinaisons aux choix clairs. Pour sortir de la vacuité et du conformisme, la gauche a besoin de changement, de renouvellement, de rajeunissement, et surtout , je le répète, de travail.
Nous devons tout autant éviter l’écueil de la présidentialisation du Parti socialiste. Le risque est grand que le Congrès de REIMS ne vire à l’affrontement sans issue entre des responsables prétendant légitimement à un destin, mais qui se trompent d’échéance. Leur analyse est que ce qui manque au PS, c’est un candidat pré-désigné pour l’élection présidentielle. C’est une erreur. La présidentialisation n’est pas au cœur de la culture de la gauche, attachée à la diversité, au débat. Surtout, le problème du PS aujourd’hui n’est pas qu’il manque dans ses rangs de présidentiables de qualité, mais bien plutôt qu’aucun ne se dégage avec force, de façon incontestable. La confrontation entre ces personnalités, qui toutes peuvent porter les couleurs de la gauche en 2012, serait fatale pour elles et suicidaire pour le Parti socialiste. Le Parti se retrouverait fragmenté, dépourvu d’unité, et entamerait trois années de combat acharné consacré exclusivement à son leadership, le travail de celui des présidentiables qui dirigerait le Parti étant miné, pour des raisons tactiques, par ceux qui entendraient lui contester, en 2011, l’investiture pour l’élection présidentielle. Une telle configuration serait le plus beau des cadeaux que nous pourrions faire à Nicolas SARKOZY : un cadeau incomparablement plus beau que Bernard KOUCHNER, Jean-Marie BOCKEL, Eric BESSON.
J’en termine par la question du choix de notre candidat à l’élection présidentielle. Il ne s’agit pas de l’esquiver. Mais elle se posera en temps et en heure. Je propose que ce choix intervienne au premier semestre 2011, dans le cadre d’une primaire qui sera ouverte à celles et ceux qui souhaitent y participer.
Cette question, je le sais, fait débat. Certains souhaitent que la désignation reste l’apanage des seuls militants socialistes. Réfléchissons-y une seconde. J’ai acquis, pour ma part, la conviction que la primaire interne, sur le modèle de ce que nous vécu en 2006, est une machine à perdre. Elle contraint les aspirants candidats à deux mauvais choix. Soit ils foncent dans les luttes internes, fractionnent le parti, maximisent leurs différences avec leurs concurrents. Alors ils perdent deux fois : en audience dans le parti, en crédit dans l’opinion. Soit ils émergent en délaissant le parti, pour prendre appui sur l’opinion publique et faciliter leur investiture. Sitôt désignés, ils retombent sur une autre alternative désastreuse : soit ils acceptent d’être sous la contrainte du parti, ils se renient, et ils perdent. Soit ils négligent le parti, et ils perdent aussi. Nous avons vécu tout cela. Je préfère à cela une désignation populaire, organisée par le PS, qui le libérera des combats sclérosant de l’investiture, lui permettra de débattre sereinement de son programme, et donnera à notre candidat de la force, de l’élan, un soutien populaire.
D’ici là, j’ai la conviction que le Parti doit se doter d’une direction animée par un Premier secrétaire désintéressé, pour lui-même, de la candidature présidentielle, qui s’engage sans ambiguïté à ne pas participer à la compétition pour la désignation. Cette direction devra fonctionner comme un véritable contre-gouvernement. Resserrée, soudée, elle devra avoir confié, en son sein, de vraies responsabilités à la nouvelle génération, car il nous appartient aussi de préparer la relève.
Nous ne pourrons réussir ce travail que dans le cadre d’une majorité cohérente, qui partage avec sincérité une même vision sur les grands sujets (modèle de développement, recherche de l’égalité réelle, construction européenne), et qui soit d’accord sur la nécessité de renvoyer à plus tard la question de l’élection présidentielle.
Le Congrès de REIMS n’est pas encore décanté. Le choc des ambitions inquiète. Mais je ne suis pas pessimiste, car je crois que beaucoup commencent à adhérer à cette démarche, qui peut, qui doit devenir majoritaire. Le refus de voir les questions de personnes prendre le pas sur le débat d’idées est très largement partagé par les militants, qui sentent bien que nous n’avons pas assez réfléchi, collectivement, au cours des dernières années, qui voient le danger d’un affrontement précoce, artificiel, sans issue pour la candidature présidentielle, à travers le poste de Premier secrétaire en 2008. Nous avons d’abord besoin d’avoir les idées claires sur le projet que nous proposerons.
Alors, chers camarades, chers amis, faisons nous entendre, refusons la fatalité de la division et des combats stériles. Remettons le Parti socialiste en état de marche, pour qu’il soit à même d’apporter, très rapidement, l’alternative crédible à la politique actuelle que des millions de femmes et d’hommes n’en finissent plus d’attendre et d’espérer. Le PS, notre parti, est à la croisée des chemins. Il peut se recroqueviller, se fragmenter, aller vers sa 4ème défaite à l’élection présidentielle. Il ne s’en relèverait pas. Il peut aussi offrir un nouvel espoir à ceux qui ressentent fortement le besoin de gauche qui monte dans le Monde, en Europe, en France, et dessiner un nouvel avenir pour nos idées. Il peut ainsi, proposer une alternative crédible au Sarkozisme. C’est cela qui se joue à REIMS : notre survie comme force de gouvernement et d’alternance. Nous avons l’ardente obligation de réussir ce Congrès. Aujourd’hui, à FRANGY, je vous appelle à poser la 1ère pierre du Parti socialiste nouveau – je n’ose pas dire du nouveau Parti socialiste – dont nous avons tant besoin.
vendredi 18 juillet 2008
Pourquoi "besoin de gauche" ?
La raison majeure ce sont les idées. La contribution pose bien l’enjeu essentiel : construire une nouvelle gauche au niveau européen face au naufrage de la social-démocratie traditionnelle, Or, je pense que le PS a plus besoin d’idées novatrices et de dirigeants qui travaillent, que de je ne sais quel leader charismatique auto-proclamé qui cherche à faire le pendant de Sarkozy à gauche.
Pour rappel, deux options agitent les coulisses du PS pour le moment en vue du Congrès de Reims :
Option 1, qui n'est plus prônée que par Ségolène Royal : Présidentialiser le PS dès 2008, en faire une machine de guerre au service de son leader choisi dès 2008 pour 2012.
Option 2 : D'abord QUOI, travail collectif et rénovation complète du PS autour de sa nouvelle Déclaration de Principes, avec pour but : Que proposer aux Français en 2012 ?
Puis avec QUI ? Elections primaires élargies, après le Congrès du PS prévu en 2011.
Notre positionnement est simple : Il faut absolument redonner sa crédibilité à la gauche française en remettant le PS au travail. En prenant le temps, par le débat collectif, de construire de nouvelles réponses aux enjeux du monde d’aujourd’hui, qui vont du capitalisme globalisé et financiarisé, à l’urgence écologique et énergétique, en passant par la fragmentation de nos sociétés et du salariat...
Nous proposons donc un programme de travail. Nous posons le cadre de la réflexion : quels sont les objectifs que le Congrès doit se fixer ? Ils sont au nombre de 4.
Définir un nouveau modèle de développement, à l’heure de la mondialisation et de l’urgence écologique.
Promouvoir l’égalité réelle pour combler efficacement les inégalités, et permettre l’émancipation de chacun.
Réaffirmer notre engagement européen dans une période de défiance envers ses institutions.
Reconstruire le Parti Socialiste pour arrêter la spirale des défaites électorales nationales.
Nous avons choisi d’ouvrir le débat, et de ne pas nécessairement apporter les réponses avant d’avoir clairement posé les questions. Nous avons fait le choix d’un texte court, ouvert, qui définit notre vision du socialisme, mais qui refuse d’écrire un programme de gouvernement. Nous devons écrire notre projet collectivement, et cette contribution se propose d’en être une première étape.
Très vite, elle se place sous la perspective européenne. « C’est la nouvelle gauche européenne qu’il faut faire émerger ». « Les rapports entre les forces du travail et un capital en mutation accélérée doivent être conçus à partir d’une nouvelle articulation entre la cadre national et le cadre géopolitique pertinent qui, pour nous français, sera nécessairement européen. ». Plus globalement, elle affronte largement et dans le détail les bouleversements mondiaux à l’œuvre, et adopte en conséquence une analyse ouverte sur l’international (outils de régulation, coopération, politiques nationales conçues en fonction de l’impact des changements mondiaux, etc.)
L’affirmation que l’avenir est « ouvert », la réaffirmation que pour la France, pour l’Europe et pour la planète, tout reste possible. « En rupture avec la thématique du déclin, de nombreuses expériences apparaissent dans le monde, qui prouvent qu’il est possible de restaurer des écosystèmes dégradés et de rétablir leur capacité à se régénérer. ». Et pour cela, le défi est identifié : résister au primat du court terme et à la suprématie de la logique du marché.
La question d’actualité du pouvoir d’achat en relation avec les coûts de l’énergie est abordée de manière très franche : « L’expérience des deux chocs pétroliers de la fin du XXème siècle nous a enseigné qu’il n’y avait pas d’alternative macroéconomique à l’absorption par les ménages du surcoût de l’énergie et des produits de base. C’est ce qui rend d’autant plus nécessaire le changement de modèle de développement, la lutte contre la dépendance au pétrole et le soutien à la relocalisation de certains circuits économiques. ».
Face aux enjeux du vieillissement de la population, sont notamment mis en avant une politique nataliste et une politique d’immigration.
La qualité, l’évaluation, l’efficience des services publics doivent permettre de les re-légitimer et de les préserver.
La thématique de l’égalité réelle est fortement reprise et déclinée.
L’enjeu de l’évolution culturelle de notre société est abordé de manière assez détaillée. Et cela de deux manières :
D’une part pour reconnaître et donner droit au « processus d’individualisation social et culturel qui travaille en profondeur notre société et remodèle les classes traditionnelles », ce qui conduit à proposer que les politiques publiques prennent mieux en compte la spécificité des situations individuelles.
Mais d’autre part, il s’agit de donner droit « à la demande d’autorité et de règles qui émane de la société contemporaine ».
Enfin, cette contribution assume la perspective d’un refus de « la concurrence entre les individus » et de la « réduction de la politique au consumérisme et à la juxtaposition des revendications catégorielles».
Le développement de structures de recherche européennes, afin d’atteindre des tailles critiques donnant une réelle attractivité.
Le budget européen doublé et porté à 2% du PIB des États membres, le cas échéant par la création d’un impôt européen qui pourrait être assis sur les bénéfices des sociétés.
Concernant la vie du Parti Socialiste, le rappel de la vocation d’éducation populaire, la retransmission des CN et BN, le programme de 7 grandes conventions nationales, me semblent des pistes intéressantes et proposent un calendrier de travail.
Révelyne Chabrun
jeudi 3 juillet 2008
Présentation de la contribution "Besoin de gauche"
La contribution "Besoin de gauche" a été présentée dimanche 29 juin 2008 par Socialisme & Démocratie et Rénover Maintenant.
Un an après l’élection de Nicolas Sarkozy, les Français ont la gueule de bois. On leur avait promis croissance et pouvoir d’achat : ils n’ont ni l’une, ni l’autre. Le coût de la vie augmente, les rémunérations stagnent, la vie est plus dure. La précarité, loin de reculer, s’étend, à mesure que la droite poursuit son entreprise de casse du modèle social et du droit du travail. Aucune perspective d’amélioration ne se fait jour, la défiance s’installe : l’indice de mesure du moral des ménages vient même d’atteindre son plus bas niveau depuis sa création, en 1987.
Déçus par un pouvoir brouillon qui leur a menti, nos concitoyens nourrissent de vives inquiétudes pour leur avenir et celui de leurs enfants, dans un contexte international de ralentissement économique majeur et de crise écologique et alimentaire sans précédent. Alors que chaque jour illustre les excès d’un capitalisme déréglementé, notamment l’hypertrophie financière au profit d’une hyperclasse mondiale qui s’enrichit à coup de stock-options et de parachutes dorés d'un montant démesuré, la gauche peine à proposer, en Europe et dans le monde, une alternative qui soit économiquement crédible et durable sur le plan environnemental, socialement juste et électoralement viable.
« Où est la gauche ? », entend-on de toute part. « Que propose-t-elle ? Réglerait-elle mieux que la droite les problèmes qui se posent ? »
La gauche française, alors qu’elle est devenue la championne des scrutins locaux, vient pour la seconde fois de perdre les élections générales. Sa dernière victoire à l’élection présidentielle remontera, en 2012, à près d’un quart de siècle.
Au-delà d’une alternative à l’UMP, que beaucoup de nos concitoyens espèrent et attendent, c’est la nouvelle gauche européenne qu’il faut faire émerger. Pour tracer les chemins d’une société moins dure, plus juste, plus solidaire, tout en répondant à la crise écologique par une préservation et une meilleure gestion des ressources naturelles ou non renouvelables, il s’avère indispensable de penser le monde et de prendre l’exacte mesure de l’expansion, depuis trente ans, du capitalisme globalisé. Les rapports entre les forces du travail et un capital en mutation accélérée doivent être conçus à partir d’une nouvelle articulation entre le cadre national et le cadre géopolitique pertinent qui, pour nous Français, sera nécessairement européen. Il s’agit de dégager de nouvelles marges de manœuvre, d’encourager l’innovation dans les secteurs de l’économie confrontés à la concurrence internationale, d’aller vers une croissance plus respectueuse de l’environnement tout en recherchant, dans les espaces non marchands, un haut niveau de services.
Tel est l’enjeu pour toute une génération de socialistes.
Notre Congrès doit surprendre. L’heure n’est plus aux accommodements, aux faux semblants, aux clivages dépassés ou aux querelles de personnes. Le temps qui s’ouvre est celui du renouveau. Nous voulons une nouvelle donne globale, pour offrir aux Français, bientôt, une nouvelle gauche.
Nous disposons désormais d’un socle commun : la déclaration de principes. Le Parti socialiste s’y accepte comme réformiste, attaché à la transformation sociale, écologiquement responsable, européen, laïque et féministe. Pour lui, les conditions de vie des êtres humains sont essentielles. C’est à partir de ces valeurs qu’il nous faut travailler, dans les deux prochaines années, à apporter des réponses concrètes aux problèmes de nos concitoyens.
Plus que jamais, l’effort qu’il nous faut fournir est celui de l’adaptation de notre analyse de la société, de nos orientations et de nos moyens d’action à l’époque et au monde d’aujourd’hui. L’avenir de la France, de l’Europe et de la planète est ouvert : il va nous offrir des chances nouvelles mais aussi nous exposer à des menaces. A nous de tirer le meilleur parti des premières tout en nous prémunissant efficacement contre les secondes.
A la fatalité, à la résignation qui inspirent le retrait de l’action publique prôné par les libéraux, nous devons opposer notre volonté collective de prendre à bras le corps les défis du moment. Nous devons dénoncer le discours par lequel la droite se présente comme réformatrice quand nous serions les conservateurs. Contre le parti de l’ordre établi, nous devons à nouveau incarner le mouvement. Contre ceux qui prônent une troisième voie supposée exister entre socialisme et capitalisme, nous réaffirmerons nos idéaux de toujours : la solidarité et la justice, le bien-être et l’autonomie pour tous, la paix et le développement par la coopération, la préservation des ressources naturelles et des équilibres écologiques de la planète. Nous y ajouterons une exigence : proposer les moyens d’assurer la réalisation concrète de ces idéaux en ne se contentant pas d’une proclamation de principes.
Il est clair qu’il existe, aujourd’hui, un besoin de gauche. Des émeutiers de la faim à ceux qui, en Europe ou en France, se mobilisent pour défendre la protection sociale, l’accès de tous aux biens essentiels et les services publics, tous appellent à une plus forte régulation des marchés et à une intervention publique renouvelée au service de la justice sociale.
Méfiants par tradition à l’égard de la personnalisation du pouvoir qui est au fondement même de la Cinquième République, nous refusons la présidentialisation du régime qu’accentue encore le mode d’exercice du pouvoir de Nicolas Sarkozy. Cette présidentialisation, nous en constatons tous les jours le caractère néfaste, voire choquant. Certes, le quinquennat a fait de l’élection présidentielle le scrutin qu’il faut remporter : sans cette victoire, un succès aux élections législatives est devenu inconcevable. Mais cet impératif ne nous contraint nullement à choisir notre candidat plus de trois ans à l’avance.
Nous refusons donc la présidentialisation du parti, qui est étrangère à notre culture. Nous sommes convaincus que, dans la situation actuelle, elle nuirait fortement à l’élaboration d’une doctrine, au nécessaire renouvellement des équipes et à l’efficacité de l’organisation, qui sont aujourd’hui nos priorités.
Le Congrès de Reims doit être le point de départ d’un travail dans la durée, qui vise à rendre à la gauche sa crédibilité. Respectons les échéances. L’urgence, pour nous, est de définir un programme de travail sincère. C’est ce que nous proposons. Il reviendra au prochain Premier secrétaire et à l’équipe dont il s’entourera de le mettre en œuvre, en s’attachant à mobiliser l’énergie de tous les adhérents.
Menons la réflexion de fond, en nous appuyant sur ce qui a toujours fait notre richesse : le débat collectif. Ouvrons-nous sur la société. Recréons une offre de gauche. Et surtout, faisons mentir l’idée selon laquelle le Parti socialiste ne serait qu’une machine à désigner des candidats, incapable de concevoir un projet au point qu’il en sous-traiterait le soin aux clubs et fondations qui sont proches de lui.
Ce n’est que lorsque nous aurons accompli, ensemble, ce travail, que le moment viendra de choisir celle ou celui qui portera notre projet à l’élection présidentielle. Dès à présent, nous proposons que ce choix s’opère dans le cadre de primaires qui seront organisées par le Parti socialiste au printemps 2011, après son congrès, et auxquelles pourront prendre part, sans exclusive, tous ceux qui se reconnaissent dans les idées de progrès que nous portons. Nous pensons que c’est ce calendrier qui garantira à la fois la richesse de notre projet et la meilleure articulation entre le Parti et son candidat à l’élection de 2012.
Quels objectifs le Congrès de Reims doit-il fixer ?
Les enjeux auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés doivent nous conduire à poursuivre quatre grands objectifs.
I - Définir un nouveau modèle de développement
A l’heure où le pilonnage médiatique de la droite tend à faire assimiler course à la modernité et acceptation de la supériorité du marché, nous affirmons que la modernité consiste, au contraire, à inventer le modèle de développement qui intégrera le mieux la justice sociale et la préservation de l’environnement. Car comment pourrions-nous nous satisfaire d’un marché qui, lorsqu’il n’est pas encadré, est aveugle à long terme, perverti par les oligopoles, asservi par les effets conjoints des évolutions technologiques et de la spéculation ?
Si nous reconnaissons depuis longtemps l’utilité du marché pour produire les richesses nécessaires au développement des sociétés, nous plaçons depuis toujours au cœur de notre action la lutte contre les déséquilibres économiques, les dégâts écologiques et les injustices sociales et territoriales engendrées par le capitalisme. Loin d’avoir perdu sa raison d’être, ce combat retrouve toute son acuité face à la mondialisation financière et aux nouvelles formes de domination qu’elle engendre. Or nous refusons l’alignement de notre modèle social sur les standards néolibéraux que la droite voudrait nous imposer. Socialistes, et donc internationalistes, nous militons plus que jamais pour une autre répartition des richesses à l’échelle planétaire et ne pouvons nous résoudre à l’approfondissement de la fracture entre le Nord et le Sud.
Il est temps pour nous de tirer toutes les conclusions que suscite un modèle de croissance qui n’a pas démontré sa capacité à permettre une bonne allocation des ressources et une bonne répartition des richesses créées, car les limites de la capacité de portage de la planète et des écosystèmes sont atteintes ou en passe de l’être.
En rupture avec la thématique du déclin, de nombreuses expériences apparaissent dans le monde, qui prouvent qu’il est possible de restaurer des écosystèmes dégradés et de rétablir leur capacité à se régénérer. Il est temps, pour le Parti socialiste, de travailler à ce que les idées rattrapent le réel, pour faciliter, demain, l’orientation de l’action publique vers la solidarité, la démocratie, la préservation des écosystèmes et des ressources nécessaires au développement des sociétés humaines. En d’autres termes, d’aller vers ce que le PSE appelle la « croissance verte ».
Car nous considérons, avec les socialistes européens, que le développement durable est le seul principe de base responsable pour l’action politique et économique. Il impose de préparer l’avenir, en résistant au primat du court terme et à la suprématie de la logique du marché.
Il nous faut être attentifs aux conditions de création des richesses, car on ne pourra jamais redistribuer que ce qui est produit. Nous devons ainsi répondre à l’enjeu de la croissance et de la compétitivité française en réhabilitant le volontarisme économique. Et nous ne désignons pas par cette expression l’incantation à la croissance économique dont le chef de l’Etat ponctue ses rodomontades, et qui est dépourvue de toute concrétisation politique. Aux antipodes du désengagement néolibéral, nous pensons au contraire que la puissance publique – Etat et collectivités territoriales –doit retrouver un rôle stratégique pour encourager le développement de l’investissement productif et de la recherche, la diffusion des progrès technologiques, la prospection des marchés internationaux, l’essor de nouveaux services, de l’économie sociale et solidaire, mais aussi pour favoriser la reconversion des territoires fragilisés. L’investissement dans l’éducation et la recherche est, du reste, une condition de la survie de nos économies, concurrencées par des pays émergents capables de former, chaque année, des centaines de milliers de chercheurs et d’ingénieurs hautement qualifiés, mobiles et moins coûteux.
Par opposition à la spéculation financière, qui détourne le capital des investissements indispensables, par opposition à la politique de la droite, qui, en France, privilégie la rente, la gauche doit soutenir la prise de risque entrepreneuriale. Après un cycle qui fut favorable aux salaires durant les Trente Glorieuses, la répartition des gains de productivité est devenue exagérément favorable au capital, au détriment du travail et de l’investissement. Nous devons parvenir à une répartition plus juste, mais aussi plus efficace, entre les facteurs de production.
La mondialisation étant aujourd’hui déréglementée et dérégulée, nous voulons en retrouver la maîtrise par une réglementation négociée, adossée à toutes les formes de régulation. Nous plaidons notamment pour un commerce international régulé. Les échanges ne peuvent continuer à se faire au détriment des pays du Sud. Au nécessaire respect des clauses sociales et environnementales oubliées du Traité fondateur de l’OMC, il s’agira d’ajouter de nouvelles garanties sociales et environnementales, afin d’assurer la loyauté dans les échanges mondiaux et une démocratisation des instances de régulation internationale, dans le cadre d’une stratégie diplomatique alternative à l’alignement sarkozyste sur le bloc anglo-saxon.
La révolution écologique oblige à une solidarité planétaire. Pour la première fois, l’impératif environnemental prévaut sur la force des marchés : il va constituer un levier puissant pour imposer par la voie de l'action politique des disciplines à cette économie suicidaire qui puise sans aucune limite et sans aucun frein dans les ressources de la planète. Cette nouvelle donne écologique renouvelle plus fondamentalement encore notre vision même des besoins humains. Aux antipodes d’une approche purement matérialiste du bien être, nous accordons aux questions de santé, de qualité de vie, de préservation des cadres naturels, une importance décisive. Nous croyons nécessaire d’enrichir la notion et la mesure même de la croissance, pour faire une place aux dimensions qualitatives, aux enjeux sanitaires et éducatifs, au développement des services à la personne, à l’économie sociale et solidaire et à la sphère non marchande.
La crise énergétique mondiale affecte directement la répartition des fruits de la croissance : la hausse des prix de l’énergie et celle des produits de base élimine, quand elle ne les dépasse pas, les faibles progressions des revenus des ménages les moins favorisés. La baisse du pouvoir d’achat est une perspective qui risque de durer et de frapper de plus en plus de nos concitoyens. L’expérience des deux chocs pétroliers de la fin du XXème siècle nous a enseigné qu’il n’y avait pas d’alternative macroéconomique à l’absorption par les ménages du surcoût de l’énergie et des produits de base. C’est ce qui rend d’autant plus nécessaire le changement de modèle de développement, la lutte contre la dépendance au pétrole et le soutien à la relocalisation de certains circuits économiques.
Nous proposons que la France mette en œuvre une nouvelle politique énergétique fondée, dans l’ordre, sur les économies d’énergie, la promotion de l’efficacité énergétique et le développement massif des énergies renouvelables, déconcentrées et décentralisées. Cette politique de recherche systématique d’amélioration de l’efficacité énergétique du pays est la seule voie crédible pour traiter sérieusement la crise climatique et apporter une vraie réponse à la crise du pétrole.
Le vieillissement de la population induit de profondes mutations sociétales, dont le politique doit se saisir. Les questions de l'augmentation de la population active par le soutien à la natalité et à l'immigration, de l'accessibilité des services publics, des temps de formation, de travail et de loisirs tout au long de la vie, des objectifs quantitatifs et qualitatifs des régimes de solidarité entre les générations, doivent être abordées sans tabou.
Enfin, le souci que nous avons du bien-être des générations qui nous suivent impose de ne pas leur léguer une montagne de dettes qui obérerait, voire annihilerait l’action publique. Nous devrons lutter contre les déficits, notamment par la remise en cause des avantages fiscaux d’autant plus injustes qu’ils sont injustifiés, tout en stabilisant les prélèvements obligatoires par une réforme de l’Etat audacieuse et concertée et un investissement social plus efficace. Pour la droite, la réforme est purement comptable : elle consiste à paupériser les services publics pour en justifier, ensuite, la privatisation. Proposons au contraire d’améliorer leur efficacité et leur qualité - qualité de gestion, transparence des dépenses, qualité du service rendu aux usagers – pour réaffirmer leur légitimité. Qu’il s’agisse de la lutte contre le chômage, de l’éducation, de la police ou de la justice, nous militons pour un Etat efficient dont les actions soient mieux ciblées sur les besoins réels.
II - Promouvoir l’égalité réelle.
Nous doutons que les Français aient quoi que ce soit à attendre de la fausse radicalité d’une rupture annoncée avec le capitalisme dont on sait ce qu’elle a humainement et socialement coûté. Adeptes d’une politique qui s’appuie sur les réalités, nous ne nous résignons pas pour autant à réduire le socialisme à un pragmatisme gestionnaire ou à un réformisme purement défensif, qui ne feraient que combattre les dégradations de l’Etat social et du modèle républicain. Nous pensons que la gauche doit continuer à œuvrer à la concrétisation de l’utopie qui est, depuis la Révolution française, au cœur de sa vocation.
Notre nouvel horizon de transformation sociale réside dans une lutte massive contre les mécanismes de « reproduction sociale » qui font perdurer les privilèges de naissance. Face à une droite qui se dit libérale alors qu’elle est banalement conservatrice, reproduisant de génération en génération les inégalités de patrimoine et de savoir, nous devons incarner la recherche de l’égalité réelle des chances, en affirmant notre volonté de donner à chacun les moyens d’accéder au « capital culturel », de déployer ses talents et de trouver sa juste place dans la société. Notre projet pour l’école, l’université et la formation professionnelle devra donc occuper un rôle central.
Nous revendiquons la « valeur travail » comme vecteur d'émancipation et d'accomplissement de l'individu. Mais l'émancipation par le travail, loin d'être un fait acquis pour tous, demeure un combat. Au « travailler plus » de Nicolas Sarkozy, nous opposons le « travailler mieux » : le refus de la précarisation de l'emploi, la protection de la santé au travail, la participation des salariés à la gouvernance de leur entreprise, l'accroissement de la mobilité professionnelle par la valorisation des compétences, l'articulation entre les temps consacrés au travail, à la famille ou à la culture sont nos préoccupations constantes.
La volonté d’étendre les libertés et de permettre à chaque individu de s’émanciper en lui fournissant les moyens de choisir sa façon de vivre, ses liens, ses affiliations, ses références et ses pratiques culturelles demeure un principe directeur de notre action. Elle rejoint la nécessité de tenir compte du processus d’individualisation sociale et culturelle qui travaille en profondeur notre société et remodèle les classes traditionnelles. Qu’il s’agisse des retraites, de l’éducation, des conditions de travail, nous pensons que le socialisme doit mieux prendre en compte la diversité des situations et des attentes qu’elles créent. Il ne doit pas craindre à nos yeux de contourner le niveau trop homogénéisant du groupe social ou du territoire pour faire désormais davantage descendre, quand c’est possible, l’action correctrice de la politique au niveau même de l’individu.
Cet engagement en faveur des libertés ne nous rend pas sourds à la demande d’autorité et de règles qui émane de la société contemporaine. Si elle résulte pour une part essentielle des effets déstructurants de la crise économique et sociale, la montée des phénomènes d’insécurité au cours des dernières décennies nous a rappelés aux nécessités d’une liberté ordonnée, d’une meilleure articulation des droits et des devoirs.
Cette prise en compte des réalités et des aspirations individuelles ne nous conduit pas pour autant à cautionner les dérives de l’individualisme contemporain. Nous refusons la généralisation de la concurrence entre les individus. Nous combattons la réduction de la politique au consumérisme et à la juxtaposition des revendications catégorielles. Nous pensons ainsi que pour endiguer la dérive communautariste qui nous menace, il faut faire de la lutte contre les discriminations un axe central de la politique sociale. En clair, nous travaillons à une société d’individus où ne pèseraient plus les privilèges de naissance et les déterminations de classe, où chacun aurait tous les moyens de réussir et de s’accomplir sans l’intervention de la collectivité. Attachés au pari des Lumières et à la force des solutions collectives, nous refusons la perspective d’une société atomisée et défendons la nécessité de construire et de faire vivre des institutions communes au service de la justice sociale.
Loin d’épouser les antagonismes internes à notre base sociale, loin de vouloir jouer à notre tour sur la division des « inclus » et des « exclus », nous souhaitons au contraire que la gauche élabore dans les années qui viennent un nouveau pacte social et territorial pour relever le défi de la société « fragmentée ». Celui-ci devra afficher des thèmes fédérateurs (protection contre les effets négatifs de la mondialisation, sauvegarde de la protection sociale, promotion individuelle) et indiquer aux couches populaires et moyennes, aux habitants des cités comme à ceux du monde rural et périurbain ce qu’ils peuvent attendre de la gauche. Nous pensons notamment que la gauche doit continuer à faire de la lutte contre l’exclusion et la pauvreté une priorité politique tout en veillant à ne pas alimenter la critique contre « l’assistanat ». Elle doit mieux répondre que ne le fait la droite à l’enjeu du pouvoir d’achat, en priorité lorsqu’il porte sur les biens premiers que sont le logement, la santé et l’éducation. Elle doit permettre à tous ceux qui résident en France, d’où qu’ils viennent, d’y vivre dignement. Elle doit aussi rechercher une répartition plus juste des charges publiques par une réforme fiscale courageuse qui pénalise la rente, encourage l’effort et le travail et épargne les plus démunis.
III - Réaffirmer notre engagement européen.
L’avenir de la France est indissociable de celui de l’Europe. Cette conviction profonde a conduit, depuis 60 ans, les socialistes à s’engager dans la construction européenne, à souvent lui insuffler son orientation politique dans des moments décisifs voire cruciaux, comme l’ont fait tous les gouvernements de Gauche depuis 1981.
Mais l’Europe connaît une crise d’identité et un divorce avec ses citoyens. Entre l’Etat nation et l’espace-monde, comment l’Europe peut-elle être un échelon pertinent de régulation, un lieu de protection et de création de richesse ? Pourquoi, d’ailleurs, vouloir construire une Europe politique ? Alors que la réponse à cette question était évidente au lendemain de la seconde guerre mondiale, chacun perçoit qu’il faut, aujourd’hui, redonner un sens à l’aventure européenne.
Nous avons perdu du temps et une précieuse énergie sous les derniers gouvernements de droite. Or, le reste du monde bouge, se transforme. De nouvelles puissances s’affirment et bousculent l’ordre des choses. L’Union doit sans tarder se remettre en ordre de marche, retrouver un rythme sauf à être condamnée à l’effacement.
C’est la volonté de bâtir des solidarités politiques transnationales qui permettent de faire face au déploiement du capital qui justifie notre engagement résolu dans l’unification politique européenne. Nous voulons une Europe unifiée et puissante, qui pèse dans les négociations sur le commerce mondial et soit en mesure d’établir en son sein des formes de gouvernance économique et d’harmonisation sociale. Cette conviction nous conduit à militer pour des transferts de compétence, des procédures de décision simplifiées, l’affirmation de principes sociaux, des institutions plus fédérales et parlementarisées.
Dans le cadre de la stratégie de Lisbonne, les Européens se sont dotés, en 2000, d’un ensemble d’objectifs économiques, sociaux et environnementaux. Cette démarche doit être revisitée et un nouveau contenu doit lui être donné. Les engagements pris par les Etats devront faire l’objet d’un mécanismes de contrôle par l’Union qui devra, pour sa part, définir plus clairement ses objectifs et clarifier les moyens à mettre en œuvre, à son niveau, pour accompagner les efforts accomplis. Renouons avec la démarche qui a prévalu quand Jacques Delors dirigeait la Commission européenne, et agissait aux côtés de François Mitterrand et Helmut Kohl.
Cela suppose d’abord de travailler avec ardeur pour susciter des synergies en matière de recherche, car l’Europe doit être capable de rivaliser avec les meilleurs, notamment les Etats-Unis. Il faut encourager, d’ici à dix à quinze ans, la création de structures européennes disposant d’une masse critique et d’un niveau d’excellence propres à attirer les meilleurs étudiants au monde.
L’apport des technologies de l’information et de la communication à la croissance doit être vigoureusement encouragé et la réduction des inégalités d’accès au numérique doit devenir un chantier européen prioritaire. De même, l’Union européenne doit utiliser les contraintes qu’elle s’impose en matière environnementale pour en faire un puissant levier en matière de croissance solidaire et responsable (fixation d’objectifs nationaux et européens ambitieux, création d’un prix du carbone pour internaliser le coût de cette pollution)
Il est impensable de relancer l’Europe sans une nouvelle répartition de l’effort budgétaire consenti et sans revoir à la hausse son niveau. Il doit être doublé et porté à 2 % du PIB des Etats membres, le cas échéant par la création d’un impôt européen qui pourrait être assis sur le bénéfice des sociétés.
Nous ne devons pas négliger, car il est fort, le besoin de protection de nos concitoyens. En ce domaine, nous devons avoir une exigence de vérité. Il y a absence de consensus, sans doute durable, au sein des Etats membres. Dans ces conditions, le chemin que nous privilégions est celui de la solidarité. Il suppose d’intensifier plusieurs politiques européennes : des services publics de qualité qui contribuent à la croissance ; une formation professionnelle qui retienne notre approche d’un parcours professionnel nécessairement divers mais sécurisé, l’égalité réelle des chances en luttant dans toute l’Europe contre les inégalités dès la petite enfance. Nous devons aussi faire œuvre de pédagogie, et convaincre les Français que les nouveaux Etats membres, loin de constituer une menace, sont un atout pour l’Europe dans la compétition internationale.
Nous devons aider l’Union à jouer pleinement son rôle, et à l’assumer sans complexe en matière de sécurité. Les débats sur le sens de la puissance européenne sont derrière nous. L’Union a déjà construit, dans certains domaines, des mécanismes efficaces : la politique commerciale commune, la prééminence incontestable qu’elle exerce dans la définition des régulations internationales dans de nombreux domaines économiques en témoigne. Elle joue un rôle central dans d’autres domaines cruciaux, comme la lutte contre la prolifération des armes de destruction massives. Ces mécanismes ne suffisent cependant pas. Sans négliger ses alliés et partenaires, l’Union doit pouvoir compter sur ses propres capacités quand ses intérêts sont en jeu
La montée en puissance de la capacité de l’Europe en matière de défense et de sécurité est une priorité. La mise en œuvre des potentialités du traité de Lisbonne concerne également l’Europe de la défense : elle pourrait devenir la référence mondiale. Le premier seuil à franchir est d’ordre capacitaire, avec la création de moyens propres qui n’existent pas, l’Union se reposant toujours sur les capacités des Etats membres. Elle serait la manifestation d’une solidarité européenne effective et une incitation à une réflexion commune, ne serait-ce que pour définir une doctrine d’emploi. Nous plaidons pour la création d’un corps d’armée européen sous commandement européen. Le second seuil est d’ordre éminemment politique. Il s’agit de la défense commune. Pour nous socialistes, même si nous savons que la démarche ne sera pas aisée, c’est une priorité qui s’inscrit dans le droit fil de ce que le gouvernement de Lionel Jospin avait entrepris avec nos camarades travaillistes britanniques à Saint-Malo.
Mais la sécurité des citoyens passe aussi par l’approfondissement de l’espace de liberté et de justice. Dans ces domaines, la création d’outils communs doit être poursuivie car sa valeur ajoutée est indéniable. La nécessité de préserver des mécanismes démocratiques dans nos sociétés est toujours là. Quand on songe à l’agression de la droite actuelle sur nos droits fondamentaux, l’échelon européen est pour les citoyens une garantie que leurs libertés foulées au pied dans l’espace national trouveront un juge.
Pour mener une stratégie véritablement ambitieuse, pour faire face au défi de la mondialisation et renforcer les capacités de l’Europe à défendre ses intérêts dans le monde, nous devons tabler sur la cohésion et la solidarité entre les Etats membres. Or la solidarité européenne ne se décrète pas : elle se construit peu à peu, par les politiques communes.
La politique agricole commune doit être refondée pour répondre aux défis du présent. Elle doit être élargie à des objectifs nouveaux (alimentation, santé humaine et animale, aménagement du territoire, environnement). L’environnement est un domaine où la solidarité européenne est évidente : aucun pays n’accepte de handicaper ses entreprises pour lutter seul contre la pollution, mais la taille de l’Union européenne permet de négocier des normes applicables assez largement pour que l’impact sur la concurrence soit limité, surtout si ces normes deviennent la base d’accords internationaux.
De nouvelles formes de solidarité sont donc possibles, de nature à susciter une volonté particulièrement forte d’intégration chez les nouveaux Etats membres.
En réaffirmant ces finalités, nous ne voulons pas ignorer les insatisfactions engendrées par la construction européenne telle qu’elle s’est exprimée en dernière date lors du référendum en Irlande, ni occulter les débats qui ont surgi lors du processus de ratification du Traité Constitutionnel Européen. Mais nous croyons nécessaire de dépasser ces divergences et de travailler ensemble à la définition d’une stratégie politique des socialistes européens pour faire avancer leurs objectifs communs sur le continent. Nous veillerons à ce que les prochaines élections européennes soient détachées des polémiques franco-françaises et nous porterons le programme du PSE. C'est la condition d'une clarification des enjeux et de la démocratisation des décisions de l'Union, que nous voulons plus proche des citoyens et compréhensible par eux.
IV - Reconstruire le Parti socialiste.
Le Parti socialiste a pris du retard. Depuis dix ans, il ne s’est pas préparé à maîtriser les nouveaux enjeux de la période. La tactique a pris le pas sur la projection dans l’avenir, la synthèse a prévalu sur les indispensables choix stratégiques. La réflexion a cédé le champ à la communication, le travail collectif a été éclipsé par la gestion des écuries et des clans.
La conviction qu’en dépit de tout cela, l’exaspération d’un peuple suffirait à garantir la défaite de la droite a été cruellement démentie par les faits. Nous avons déçu les millions de femmes et d’hommes qui nous espéraient à la hauteur des enjeux, parce que nous avons oublié que, dans ce pays, la gauche n’est jamais parvenue à ravir le pouvoir aux conservateurs qu’au terme d’un travail en profondeur. L’imagination s’en est allée, le leadership s’est émietté, la fraternité s’est abîmée, l’énergie du socialisme s’est réfugiée dans les collectivités territoriales.
Et pourtant le Parti socialiste a en lui et autour de lui de formidables ressources. Il se compose de militants dévoués, pour qui l’engagement collectif au service d’un idéal de progrès conserve tout son sens. Ses élus, nombreux et d’une exceptionnelle qualité, sont confrontés chaque jour aux souffrances de la société française, auxquelles ils s’attachent à apporter des solutions de toutes les générations. Les experts, les intellectuels qui sont proches de nous n’attendent qu’à être remobilisés. Tous ont conservé intacte leur capacité de révolte et d’indignation, et ne supportent pas que la réforme serve de prétexte à la multiplication et à l’approfondissement des injustices.
Valoriser nos atouts, nous redresser sur le plan intellectuel, nous remettre au travail, ensemble : c’est ainsi que nous réussirons ce Congrès, que nous le rendrons utile à la gauche et aux Français.
Rassembler les gauches demeure évidemment l’objectif. Mais quelles gauches ? La situation est profondément différente du moment d’Épinay, où deux grands partis structuraient pour l’essentiel l’électorat de gauche. Le Parti socialiste n’a jamais été plus fort qu’aujourd’hui. Pourtant, avec des alliés électoralement faibles, le Parti communiste et les Verts, et de petits partis, le PRG et le MRC, il peut être durablement impuissant à construire un rapport de forces majoritaire. Et ce paradoxe est encore renforcé par la double concurrence que font peser, à l’extrême-gauche, un gauchisme protestataire et compassionnel qui n’entend pas participer à une alternative politique réelle, et, sur la droite, un centrisme présidentiel qui apparaît de plus en plus comme une aventure solitaire.
Dans ces conditions, il n’y a pas d’autre solution pour les socialistes que d’atteindre une masse critique indispensable à une dynamique victorieuse. La visée d’un parti de toute la gauche est utile. Mais elle s’avère trompeuse si, par là, nous entendons seulement un accord avec quelques morceaux d’appareils. C’est bien une mutation qu’il nous faut accomplir, et qui suppose un profond renouvellement.
Nous avons besoin d’un parti beaucoup plus proche de son électorat, qui donne à ses militants un rôle d’animation politique, et qui, à côté de ses fonctions traditionnelles et essentielles - la définition du programme, la sélection des candidats – développe de nouvelles pratiques.
Nous devons concevoir et construire un parti-réseau, qui associe en permanence les citoyens et les associations à ses définitions programmatiques, qui organise ses relais dans le monde économique et social, pas seulement sous la forme de la section « thématique », mais en acceptant aussi des associations temporaires autour de telle ou telle tâche, de tel ou tel projet. Notre parti doit profondément revoir sa communication, qui ne s’est pas suffisamment adaptée à l’évolution des médias et à l’essor des technologies modernes.
Nous devons également développer des services pour les militants et notre base sociale, en réinventant l’éducation populaire. Surtout, il nous faut accorder toute sa place au travail d’analyse pour comprendre et anticiper les évolutions du monde et de la société, ce qui suppose de revoir les modes de fonctionnement de la Fondation Jean Jaurès, promouvoir des initiatives ouvertes au monde de la recherche, renouer avec la pratique des conventions thématiques.
Mais notre Parti ne se modernisera pas s’il ne devient pas plus démocratique. Pour y parvenir, nous proposons de changer le mode de fonctionnement des instances de direction nationales, en redonnant au Conseil national son rôle d’instance de débats et d’orientation ainsi que son pouvoir de contrôle, en refaisant du Bureau national un lieu de mise en œuvre des décisions. La transparence des travaux de ces instances sera assurée par la création d’une télévision sur Internet et la retransmission de leurs travaux. Enfin, au niveau local, nous entendons réformer les conseils fédéraux, pour qu’ils soient de réelles instances de délibération politique respectant l’expression des différentes sensibilités en même temps que la représentativité des secrétaires de section.
Quel programme de travail pour les socialistes dans les deux années qui viennent ?
Pour trancher les grandes orientations, nous proposons que soient organisées sept grandes conventions dans le cadre d’ateliers de l’alternative ouverts à nos partenaires et à la société civile.
Sept conventions nationales pour 2009-2010 :
1. Imaginer un modèle de croissance qui tienne pleinement compte de la nouvelle donne écologique.
2. Placer au cœur de notre politique la qualité de vie de l’homme au travail.
3. Développer un nouveau modèle d’Etat social.
4. Promouvoir une démocratie renouvelée.
5. Garantir la liberté de choix du destin individuel.
6. Construire une Europe unifiée et puissante.
7. Mettre la France au service d’un monde moins déséquilibré.
Ces conventions devront impliquer les militants et déboucher sur des orientations claires et des réponses concrètes aux problèmes des Français. Elles devront aussi se nourrir de l’expérience et de la réflexion des autres partis socialistes et sociaux-démocrates en Europe et dans le monde.
1. Imaginer un modèle de croissance qui tienne pleinement compte de la nouvelle donne écologique.
Comment retrouver des marges de manœuvre pour l’Etat ? Quels sont les leviers de la croissance ? Les socialistes doivent redéfinir leur corpus doctrinal sur ce sujet, avec pour objectif prioritaire l’économie de l’intelligence, le soutien à l’innovation et à la recherche, une réforme profonde de la formation professionnelle et une remise à plat du rôle de la puissance publique dans l’aide aux territoires fragiles et aux secteurs en difficulté.
Mais ne commettons pas une nouvelle fois l’erreur de croire que l’efficacité gestionnaire est un but en soi. C’est à un partage plus équitable des fruits de la croissance que nous aspirons, à l’inverse de la tendance qui, depuis les années 1980, réduit la part des salaires dans le revenu national.
Alors que la droite agit pour construire une économie de la rente, la priorité du Parti socialiste doit être un partage plus juste de la valeur ajoutée, l’inversion du processus de smicardisation qui tire les salaires vers le bas et une mobilisation pour enrayer la précarisation des salariés.
Nous devons aussi rendre la croissance compatible avec l’impératif écologique. Au-delà des principes et des déclarations d’intention dont il a sans doute abusé, le Parti socialiste doit répondre précisément à la question que nous posent les Français : comment assurer la satisfaction des besoins humains sans exposer les moins favorisés aux dommages liés à la crise environnementale ? Réduire les prélèvements sur les ressources non renouvelables comme sur les écosystèmes, favoriser la restauration de leur capacité à se régénérer, sont deux axes de la croissance durable, de la croissance verte que nous voulons. Ils fondent l’espace pour conquérir de nouveaux droits sociaux et environnementaux au bénéfice du plus grand nombre.
La gauche doit agir contre les intérêts industriels et financiers qui entretiennent le statu quo et aider les citoyens à faire face au défi écologique, avec davantage de transports collectifs, une aide à la restructuration des filières dépendantes du pétrole, et, d’une manière générale, une remise à plat de toutes les politiques publiques conçues pendant la période d’euphorie pétrolière (urbanisme, autoroutes, etc.).
Surtout, il faut rompre avec l’idée selon laquelle la prise en compte des impératifs environnementaux serait un frein à la croissance. Elle doit au contraire constituer un facteur de développement, par la mise au point de technologie de pointe, plus propres et réduisant de manière drastique les prélèvements sur les ressources. Nous voulons une société de la connaissance stimulée par le principe de précaution, ce qui exigera une intensification de la recherche et de l’innovation, au service du progrès humain.
2. Placer au cœur de notre politique la qualité de vie de l’homme au travail
Dans une économie en mouvement incessant, les salariés ne savent plus pour qui, pourquoi ni jusqu’à quand ils travaillent. La concurrence règne entre eux : entre chômeurs et stagiaires, entre salariés, chômeurs et stagiaires. Elle est attisée par la recherche sans fin d’économies, par l’injonction de performance et par l’instabilité du travail. La pression augmente, engendrant pour certains la démotivation et pour d’autres le stress et la souffrance au travail. Sont maintenus dans la pauvreté des travailleurs jeunes, précaires, des femmes, tandis que les rémunérations de certains cadres dirigeants atteignent des niveaux record.
La protection et les réponses des syndicats, des prud’hommes, de l’inspection du travail et de la médecine du travail débordés ou bâillonnés sont devenues largement insuffisantes.
Nous devons repenser notre politique d’allègements fiscaux et sociaux de sorte qu’elle ne facilite ni la stagnation des bas salaires, ni l’envolée des hautes rémunérations. Nous devons rendre effectifs les droits élémentaires des citoyens salariés : celui de ne pas souffrir, de se défendre efficacement, d’être préparés aux évolutions des métiers et de l’entreprise, d’être valorisés pour leurs apports. Une de nos toutes premières priorités sera de repenser les méthodes, le rôle, le jeu et les moyens des acteurs, de renforcer la présence et le rôle des syndicats, de valoriser les entreprises citoyennes qui respectent les salariés tout en travaillant à l’harmonisation progressive de nos politiques au niveau européen.
3. Développer un nouveau modèle d’Etat social.
Un nouvel ordre libéral s’est mis en place qui rompt avec la tradition de l’Etat social. Il ne se contente pas de faire l’apologie de la propriété et de la liberté du marché mais il limite autant que possible l’intervention publique. Il ne s’agit plus de gouverner à cause du marché mais de gouverner par le marché. L’économie de marché n’est plus le principe de limitation de l’Etat mais le principe de régulation de son action. C’est un Etat sous surveillance du marché et non plus un marché sous surveillance de l’Etat. On passe de l’échange à la concurrence érigée en principe constituant. L’individu est considéré à partir de ses intérêts économiques en tant que consommateur et non plus en tant que producteur. Le résultat, c’est un activisme juridique qui produit un Etat procédural et une dépolitisation de la vie sociale.
C’est dans ce contexte que le modèle français d’Etat-Providence, issu du compromis social de l’après-guerre, soulève désormais un problème d’efficacité et d’équité. Il doit être refondé sur des bases plus universelles et plus égalitaires. Avant de proposer de nouvelles prestations, une remise à plat d’ensemble s’impose pour mieux répondre aux attentes de la population.
Nous devons reformuler nos objectifs et nos propositions dans l’ensemble des secteurs où la population attend une intervention publique. Logement social, hôpitaux, transports publics… : rien ne doit échapper à l’analyse et à la recherche de solutions plus innovantes et plus efficaces.
A l’opposé du discours catastrophiste et culpabilisant de la droite qui conduit une réforme comptable et aveugle de l’Etat, le Parti socialiste doit définir les ambitions du service public et les moyens d’une mise en œuvre efficiente et équitable pour l’ensemble de la population et des territoires. C’est le cœur du projet socialiste qui est en jeu, à savoir notre capacité à provoquer et nourrir une énergie collective créatrice de lien social, contre la logique d’atomisation de la droite.
4. Promouvoir une démocratie renouvelée.
Les citoyens en ont assez de l’unilatéral : ils aspirent à davantage d’écoute, de respect et de partage. Nos institutions sont à bout de souffle et désormais directement menacées par l’hypertrophie présidentielle et la violence de pratiques que l’on croyait d’un autre temps.
Faute de revenir sur le principe même de l’élection présidentielle au suffrage universel direct, le Parti socialiste doit engager nos institutions vers une VIème République avec un contrat de législature fondé sur la responsabilité réciproque entre le Premier ministre et sa majorité parlementaire. Cette République doit être dotée de véritables contre-pouvoirs : Parlement renforcé, justice et presse indépendantes, limitation du cumul des mandats.
La démocratie locale doit également prendre sa part dans ces évolutions. Elle a convaincu, mais il reste à effectuer le saut décisif pour faire entrer la décentralisation dans le XXIème siècle, en visant en priorité la démocratisation des instances de coopération intercommunales, qui doivent être élues au suffrage universel, l’engagement pour une régionalisation de niveau européen et la clarification des compétences, s’appuyant sur la réforme de la fiscalité locale et un nouveau contrat entre l’Etat et les collectivités locales.
Au-delà des questions institutionnelles, le Parti socialiste doit redonner un sens aux principes républicains, contre la persistance des discriminations et contre le retour du religieux dans la vie publique. Tirons les leçons des échecs passés et ouvrons-nous à davantage de diversité pour retrouver une parole convaincante et crédible sur le sujet.
5. Garantir la liberté de choix du destin individuel.
La possibilité d’être maître de son destin est au fondement du projet socialiste. L’éducation et la culture doivent occuper une place centrale dans nos propositions, avec la volonté de dépasser les discours convenus et théoriques et de tracer une action efficace dans la lutte contre les inégalités.
La promesse républicaine de l’égalité scolaire et la démocratisation de l’accès à la culture sont autant de chantiers dont le Parti socialiste doit profondément renouveler l’analyse et les solutions.
Par ailleurs, la gauche perdrait son âme à croire que l’aspiration de la population à davantage de sécurité est une aspiration au retour à un certain ordre moral. Le Parti socialiste doit poursuivre le combat pour l’émancipation et la liberté de chacun de choisir sa vie. Il doit aussi œuvrer pour que les conséquences potentiellement dramatiques du changement climatique n’exposent pas les sociétés humaines à la perte du sens, qui conduirait à la disparition de la démocratie. Avant que ne survienne l’effondrement d’une société, l’Histoire nous enseigne que l’intensification des conflits d’accès aux ressources vitales conduit inéluctablement à l’élimination des plus faibles. Cette perspective est intolérable pour des socialistes.
6. Construire une Europe unifiée et puissante.
Le non irlandais confirme, pour ceux qui ne l’avaient pas encore compris, le danger que fait courir à l’Union européenne le déficit démocratique dans lequel elle ne cesse de s’enliser. En sus des orientations proposées dans cette contribution, le Parti socialiste doit, avec la gauche européenne, proposer rapidement des institutions plus fédérales et plus parlementarisées. Sans cela, l’objectif fondamental de l’harmonisation sociale et les avancées dans les domaines de l’environnement, de l’énergie, de la défense, etc. relèveront du vœu pieux, quand ce n’est pas de l’hypocrisie.
Même si cette évolution nécessite de créer un noyau restreint d’Etats déterminés à aller de l’avant vers des Etats-Unis d’Europe, le Parti socialiste doit reprendre l’initiative. Il renouera ainsi avec la culture profondément européenne qui fut longtemps la sienne.
7. Mettre la France au service d’un monde moins déséquilibré.
La réduction des inégalités entre le Nord et le Sud est notre objectif, selon trois priorités : la nécessité, pour répondre à la nouvelle donne agricole, de repenser nos propres politiques et nos aides aux pays en développement, la recherche d’un principe de loyauté dans les échanges commerciaux avec l’édiction de normes sociales et environnementales, et une meilleure prise en compte des mouvements migratoires.
Nous devons répondre à la demande de nouvelles régulations face aux excès de la mondialisation, en commençant par le secteur bancaire et celui des marchés financiers, où la crise actuelle appelle l’adoption urgente de nouvelles règles.
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La contribution que nous proposons n’est pas une motion, un programme ou un catalogue. Elle s’attache seulement à affirmer la conviction qui s’est imposée à nous, après l’analyse de notre défaite l’an passé, que pour redevenir majoritaire en France, le Parti socialiste doit poursuivre un chemin en trois étapes : penser sur la base de la déclaration de principes, mettre en œuvre un vrai programme de travail collectif et renvoyer au printemps 2011 le choix, par des primaires, de celle ou celui qui portera devant le peuple les propositions qu’il aura conçues dans les deux ans et demi qui viennent.
Ce chemin est pour nous le seul à même de rendre possible la victoire aux scrutins de 2012. Toute autre démarche nous conduirait à la division ou nous condamnerait au statu quo. Notre responsabilité est immense : des millions de femmes et d’hommes attendent et espèrent que le projet de société que nous porterons soit à la hauteur des enjeux et permette de définir le socialisme du XXIème siècle.